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Autisme et Déficit Intellectuel : Prendre en compte les particularités sensorielles de votre enfant

Mis à jour : avr. 24

Noémie Cousin (psychomotricienne), Mathilde Canavesio (éducatrice spécialisée) et Angeline Charmet (psychologue), Dr Anna Maruani Centre d’Excellence des Troubles du Neuro-développement, Hôpital Robert Debré, Paris.


Dans cette situation de confinement, l’environnement quotidien peut devenir plus délicat à appréhender pour votre enfant présentant un trouble du spectre de l’autisme et/ou deficit intellectuel. Nous avons tous besoin d’avoir un espace familier dans lequel nous nous sentons en sécurité. Il semble donc important, pour les enfants présentant des particularités sensorielles de rendre l’environnement le plus stable possible, pour leur permettre la meilleure accommodation qui soit, au cours de cette période.




Nous avons accès à sept modalités sensorielles :



Si votre enfant présente un trouble de l’intégration sensorielle, son cerveau les informations de l’environnement probablement de manière différente :


Il peut alors rencontrer des difficultés de modulation (capacité à moduler l’intensité des réponses en fonction des stimuli dans l’environnement. Exemple : l’enfant n'arrive plus à suivre la conversation parce que son étiquette de t-shirt le gratte), d’auto-régulation (capacité de l'enfant à augmenter ou diminuer le degré stimulation qu’il reçoit de son environnement et maintenir son homéostasie [équilibre, bien être]. Exemple : nous sommes à table, il y a beaucoup de bruit, mon enfant ferme les yeux et adopte une technique de respiration pour s'apaiser) et présenter des réactions de défense (les stratégies que mon enfant met en place quand les stimulations sont trop fortes. Ex : j’allume le sèche-cheveux, mon enfant met ses mains sur ses oreilles).


  • Votre enfant peut être hyper-sensible : Certaines stimulations sensorielles sont vécues comme dangereuses et envahissantes par le cerveau. Le comportement adopté par l’enfant est l’évitement (cherche à arrêter, éloigner la source de stimulation désagréable).




  • Votre enfant peut être hypo-sensible: la stimulation sensorielle n’atteint pas le seuil de perception de l’enfant. Le comportement adopté va être la recherche de sensations.







Votre enfant peut être hyper-sensible et hypo-sensible pour une même modalité !


● N’aime pas les chatouilles MAIS apprécie les pressions profondes ;

● Ne supporte les lumières fortes artificielles MAIS s’auto-stimule avec les rayons du soleil ;

● N’aime pas le bruit du sèche-cheveux MAIS colle des jeux sonores à son oreille ;

● N’accepte pas le contact de la brosse à dent MAIS porte d’autres objets à sa bouche…

● etc.

Les sensibilités de votre enfant peuvent varier dans le temps, selon son humeur, son bien-être physique, et parfois selon des facteurs difficiles à identifier...




Merci à comprendrelautisme.com



Alors, que puis-je essayer au quotidien ?



Listez les particularités sensorielles de votre enfant.


Cela vous permettra de mieux comprendre son fonctionnement. Il est important de partager ces informations avec le reste de la famille pour que chacun puisse, au mieux, prendre en compte ses besoins spécifiques et faciliter le quotidien de tous.

Vous pouvez, par exemple, lister les différentes situations qui demandent une vigilance particulière pour votre enfant. Cette liste peut être accrochée dans un lieu commun, visible de tous (dans le salon, sur le frigo…).



exemple de fiche :



Une fois les particularités de votre enfant répertoriées, affichez les fiches dans des lieux stratégiques.





Définissez des espaces ressources clairs pour votre enfant et faciles à intégrer dans votre quotidien à tous.

Il est important que toute la famille puisse identifier chaque espace comme ayant une fonction propre, répondant aux besoins sensoriels de votre enfant mais également aux besoins d’espace et d’intimité de chaque membre de la famille.


Espace de repos/calme (lit dans la pièce, chambre) : cet espace est associé à des activités calmes, apaisantes, où votre enfant peut s’isoler s’il en ressent le besoin. Il est important qu’il utilise un espace pour lui sans empiéter sur l’espace de sa fratrie ou des parents et inversement.


Espace de vie commune (salon, cuisine, espace repas, salle de bain, couloir): cet espace présente un niveau de stimulations plus important. La famille y cohabite au quotidien, à des rythmes différents pour des activités différentes. Il peut être défini comme une zone d’activités motrices, (courir dans le couloir, jouer à cache-cache, s’attraper, chatouilles, regarder la télé etc.)


Adaptez l’environnement et le quotidien de l’enfant à la période de confinement.

Quelques exemples si votre enfant est hyper-sensible,


❏ Pensez à l’installer à côté de son frère/sa sœur le plus calme, voire même l’isoler si besoin au moment des repas, lors des temps d’activités à table ou des temps calmes etc.


❏ Lors des temps de devoirs ou d’activités à table, minimisez au maximum les stimulations pour qu’il maintienne sa concentration : éteignez la télévision dans le salon, fermez la porte de sa chambre pendant qu’il travaille, vérifiez que l’éclairage ambiant lui convienne, dégagez au maximum la surface de travail de tout objet non nécessaire, un casque anti-bruit peut être proposé etc.


Quelques exemples si votre enfant est hypo-sensible :

En situation de confinement, il est normal que votre enfant développe de nouvelles autostimulations ou en produise de manière plus fréquente, en raison du manque de variété dans les activités (moins de sorties extérieures, moins d'interactions avec ses pairs, ses intervenants, etc) et de la perturbation de ses habitudes. Il est important de structurer ces temps de recherche sensorielle tout en restant souple et en étant indulgent avec lui et avec vous-même !


❏ Avant de commencer une activité prévue, de faire une tâche du quotidien (douche, repas, brossage de dents, etc), laissez à votre enfant un temps suffisant pour se stimuler. Ce temps de stimulation peut être limité par la mise en place d’un minuteur. Il est important de répondre à ses besoins en termes de recherche sensorielle avant de commencer l’activité.

Les besoins sensoriels de votre enfant ne doivent pas être utilisés comme système de récompense car ils sont indispensables à son bien-être.


❏ Si votre enfant présente des auto-stimulations qui entravent le fonctionnement et le bien-être de la famille car elles sont répétitives, envahissantes pour les autres, dangereuses, proposez-lui des alternatives qui répondent au même besoin sensoriel.

Exemple : votre enfant vous serre très fort contre lui de manière répétitive → recherche de pression profonde (hyposensible proprioceptif) → lui proposer un gros coussin qu’il peut serrer contre lui, l’envelopper dans une couette, lui proposer un temps de massage limité dans le temps avec un minuteur.


Boite à idée




Malgré les adaptations mises en place, pourquoi les comportements difficiles peuvent-ils apparaître ou augmenter ?


Vous avez déjà mis en place de nombreux aménagements et adaptations, mais malgré cela votre enfant présente des signes de surcharge sensorielle.


Identifiez les signes de surcharge sensorielle : lorsqu’un enfant est en surcharge sensorielle, il peut présenter une agitation, des manifestations d’angoisse, des crises de colère, une augmentation ou apparition d’auto-mutilations, une augmentation des stéréotypies, être fatigué, avoir des troubles du comportement,…

Avant toute chose, veillez à éliminer une possible cause physiologique (douleur, fièvre…). En cas de doutes, n’hésitez pas à contacter votre médecin traitant.

Quand certains signes annonciateurs d’une crise apparaissent vous pouvez vous poser les questions suivantes :

  1. Les stimulations sensorielles sont-elles trop nombreuses ?

  2. Les différents sens sont-ils trop nombreux à être sollicités ?

  3. La stimulation sensorielle est-elle trop intense ?

  4. La stimulation sensorielle dure-t-elle trop longtemps ?

Identifier les éléments déclencheurs de la crise vous permettra de proposer une stratégie adaptée aux besoins de votre enfant.


❏ Si votre enfant présente une bonne compréhension de ses ressentis internes, vous pouvez brièvement en discuter avec lui, et réfléchir avec lui aux éventuelles adaptations à mettre en place pour le soulager (l’éloigner de la stimulation désagréable, la stopper si possible, l'isoler le temps qu’il se calme, etc.) ;


❏ Si votre enfant est en difficulté pour comprendre ce qui le dérange, ce qu’il ressent, essayez, à partir de vos expériences avec lui, des stratégies qui peuvent l’apaiser (l’isoler, proposer un contact physique, lui donner un objet sensoriel apprécié, etc.). Il n’y a pas de réponse toute faite, chaque situation est unique, procédez par essai-erreur.

Mais avant toute chose, faites-vous confiance !

Vous connaissez bien votre enfant et ses particularités sensorielles, le confinement peut en exacerber certaines. En restant attentif aux changements de comportement et d’humeur de votre enfant au quotidien vous saurez proposer les stratégies adaptées pour l’apaiser mais aussi pour apaiser le quotidien de toute la famille !



Si vous faites face à des difficultés n’hésitez pas à contacter les professionnels qui accompagnent votre enfant, ils sont là pour vous soutenir !



Pour aller plus loin :

A lire Grandin, T. (2000). Ma vie d’autiste. Paris : Odile Jacob. Bogdashina, O. (2012) Question sensorielles et perceptives dans l’autisme et le syndrome d’Asperger. Autisme France Diffusion Higashida, N. (2017) Sais-tu pourquoi je saute? Paris : J’ai lu. Sites proposant du matériel sensoriel : https://www.hoptoys.fr/222-j-ai-des-particularites-sensorielles https://www.stimtastic.co Pour mieux comprendre les hypersensibilités : https://www.youtube.com/watch?v=K2P4d6G3gw

48 Boulevard Serurier, 75019  Paris

©2020 par Dr Benjamin Landman. Service de pédopsychiatrie, CHU Robert Debré.