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Autisme et/ou déficit intellectuel : comment guider et développer de nouvelles compétences

M Canavesio, K Sefiane (éducatrices spécialisées) Valérie Vantalon (psychiatre). Centre d’excellence des troubles du neurodeveloppement, Hopital Robert Debré, Paris

# Au quotidien, tout comme pendant cette période particulière de préparation de fin du confinement, vos enfants présentant un trouble du spectre autistique avec ou sans déficit intellectuel associé, ont besoin de maintenir et de continuer à développer leurs compétences, leur autonomie.

# Afin de pouvoir les aider au mieux dans ces moments d’apprentissage, nous vous proposons de faire le point sur la notion de guidance. Nous verrons comment mettre en place différentes guidances mais surtout comment les faire disparaître au fur et à mesure, pour rendre votre enfant plus autonome !


Une guidance, c’est quoi ?


# La guidance, appelée aussi incitation, aide, est un outil, un indice ou encore un signal. Elle a pour but de développer et d’appuyer l’acquisition de nouvelles compétences, de nouveaux comportements chez nos enfants, nos adolescents mais aussi chez l’adulte.

# Les guidances servent à soutenir les nouvelles compétences afin d’éviter les échecs répétés qui pourraient démotiver et freiner les apprentissages. Elles facilitent donc les situations de réussite !

# Elle s’utilise dans tous les contextes de vie de l’enfant et avec tous les intervenants. Elle est utilisée en amont du comportement attendu pour le voir apparaître de manière récurrente dans le temps. Mais elle est aussi et surtout pensée pour s’estomper et laisser la place à l’autonomie.

# Dans les accompagnements cognitivo-comportementaux qui peuvent vous être proposés, il existe 5 types de guidance.



La guidance physique

# L'adulte incite physiquement l'enfant pour l’aider à réaliser un comportement nouveau et attendu.

# Exemple : Yassine apprend le comportement “mettre son bol dans l’évier après avoir fini son petit-déjeuner” :

→ Lorsque le bol de Yassine est vide, l’adulte se place derrière lui ;

→ il prend sa main et ensemble ils se saisissent du bol ;

→ ils se lèvent et se dirigent vers l’évier ;

→ ils déposent le bol dans l’évier.



# Pour ce type de guidance, l’adulte est un peu comme l’ombre de l’enfant. Il ne parle pas mais effectue les gestes avec lui (on parle alors de guidance en main sur main).


La guidance "modeling" – guidance par imitation

# L'adulte effectue lui-même le comportement et l'enfant le reproduit en l’imitant.

# Exemple : Jeanne apprend le comportement “essuyer ses mains après les avoir lavées”

→ Lorsque Jeanne ferme le robinet après s’être lavé les mains, l’adulte se place en face ou à côté d’elle

→ l’adulte effectue le geste de se sécher les mains avec une serviette. Jeanne effectue les mêmes gestes, en même temps, avec sa propre serviette.




# Pour ce type de guidance, il est nécessaire d’avoir prévu le matériel nécessaire en double (dans cet exemple deux serviettes, mais nous pouvons penser aussi à deux stylos et deux feuilles pour la guidance imitative de graphisme, deux verres pour apprendre à boire seul etc.).


La guidance "gestuelle"

# L’adulte utilise un mouvement, un geste ou un signe qui donne un signal à l’enfant pour effectuer l’action, le comportement désiré.

# Exemple : Léo apprend la compétence “passer à la ligne lorsqu’il n’y a plus de place en bout de feuille” :

→ Léo est en train de recopier un texte seul ; → lorsqu’il arrive au bout de la ligne, l’adulte pointe le début de la ligne du dessous pour qu’il continue d’y copier son texte.



# L’incitation gestuelle passe très généralement par le pointage d’un objet, d’un panneau, d’une personne etc.. Diriger son regard vers la réponse attendue, vers l’objet à saisir est également considéré comme une aide gestuelle.

# Pour ce type de guidance, il est primordial de connaître les compétences d’attention conjointe de son enfant (sait-il suivre du regard le pointage ? A t-il la compétence de suivre le regard de l’autre pour se diriger vers un objet ? etc.).


La guidance verbale

# L’adulte utilise des mots, des phrases qui peuvent aider l’enfant à s’engager dans le comportement attendu.

# Quelques exemples : “il faut mettre le manteau pour sortir”

“c’est l’heure d’aller dormir!”

→ “sors tes affaires de ton cartable "

Les incitations verbales sont très difficiles à retirer par la suite !

Selon les profils, elles peuvent rendre l’enfant très dépendant de la consigne et non de l’environnement pour émettre le comportement spontanément.

Il est préférable de les éviter au maximum même s’il est souvent plus facile et plus naturel de parler pour guider !


La guidance visuelle

# L’adulte propose des repères visuels présents dans notre environnement quotidien. Mais il peut aussi s’agir de supports visuels que l’on crée (tels que: planning, bandes d'activités, pictogrammes etc.) pour soutenir des apprentissages nouveaux . Exemples cliquer ici

# Quelques exemples présents dans l’environnement :


# Quelques exemples créés pour de nouveaux apprentissages :



5 étapes clés pour choisir et mettre en place d’une guidance pour un nouvel apprentissage

# Chaque guidance, chaque incitation doit être choisie au préalable en fonction des besoins mais aussi des particularités et du fonctionnement propre de votre enfant. Une guidance peut fonctionner avec un enfant mais pas avec un autre !

# Il est donc primordial de personnaliser leurs utilisations selon les situations, les environnements, la compétence visée et les profils de chacun.


Étape 1 : Choisissez le nouveau comportement, la nouvelle compétence que vous souhaitez apprendre à votre enfant :

o La première étape et la plus importante, est de définir clairement la nouvelle compétence visée pour votre enfant. Ne soyez pas trop exigeant ! Une nouvelle compétence à la fois, pour que l’apprentissage se fasse tranquillement et surtout en réussite ! Visez de petits objectifs qui seront facilement accessibles. Vous pourrez ainsi passer à l'apprentissage suivant plus rapidement. (vous pouvez aussi consulter la fiche suivante : Cliquer ici)

Exemple : Lors des temps de repas, Jean utilise seul sa fourchette mais ne pique pas les aliments difficiles à attraper. Il utilise ses doigts.

Objectif visé : Apprendre à Jean à piquer les aliments difficiles à attraper.

(Je vérifie avant que les compétences en motricité fine de Jean lui permettent d'exécuter ce geste).


Étape 2 : Réfléchissez à la guidance appropriée à votre enfant, au contexte et à la compétence visée

o Une fois la nouvelle compétence clairement définie, vous devez réfléchir à la manière de l’enseigner à votre enfant. Pour cela, deux questions se posent :

Quelle(s) action(s)/ geste(s) /comportement(s) dois-je enseigner précisément ?

Dans notre exemple, le geste moteur de piquer la fourchette dans les aliments.

Quelle guidance initiale pourrais-je choisir en fonction du profil et des particularités de mon enfant ?

Dans notre exemple, Jean est un enfant qui accepte le contact physique.

En revanche il n’a pas accès aux compétences d’imitation.

Il a également des difficultés à comprendre les consignes verbales.

→ choix de la guidance initiale paraissant la plus adaptée = la guidance physique.


Étape 3 : Pensez aux situations dans lesquelles vous pouvez enseigner et guider cette nouvelle compétence (la généralisation)

o Pour qu’une nouvelle compétence soit acquise par votre enfant, elle doit lui être proposée à plusieurs reprises et sous différentes formes durant la journée.

o C’est par cet effet de répétition, avec différents matériels, supports, que votre enfant deviendra de plus en plus autonome, aura moins besoin de vos guidances et sera en capacité de reproduire le nouveau comportement, la nouvelle compétence dans n’importe quel contexte !

Dans notre exemple, il est important à chaque repas, de proposer à Jean différents aliments appréciés qu’il faut piquer avec la fourchette afin de guider et enseigner la nouvelle compétence.

Il faut également favoriser d’autres situations quotidiennes, récurrentes, qui permettent de travailler ce nouveau geste moteur “piquer les aliments avec la fourchette” :

utiliser l’activité pâte à modeler pour piquer des morceaux de pâte et les transvaser d’un bol à un autre (activité appréciée par Jean) ;

placer des bougies sur un gâteau pour travailler le geste de piquer ; etc.


Étape 4 : Avant même de commencer à guider le nouveau comportement, réfléchissez à comment il faudra estomper cette guidance dans le temps

o Pour que votre enfant apprenne de nouvelles compétences de manière autonome, il faut que votre guidance initiale disparaisse au fur et à mesure du temps. Aussi, nous reviendrons plus en détail sur cette notion d’estompage dans la partie suivante.

Pour chaque étape, si vous doutez, si vous vous questionnez et ressentez le besoin d’être guidés, pas de panique ! N'oubliez pas que les professionnels qui prennent en charge votre enfant seront toujours disponibles pour échanger avec vous. Ils vous accompagneront dans la mise en place des guidances !


Étape 5. Faites-vous confiance ! Guidez et renforcez ce nouvel apprentissage :

o Une fois toutes les étapes précédentes réfléchies, c’est le moment de vous lancer ! Mettez votre enfant en situation, plusieurs fois dans la journée, et guidez-le sur la compétence à acquérir.

o N’oubliez surtout pas de le féliciter à chaque fois qu’il aura effectué le nouveau comportement. Au départ, faites-le aussi si cela reste approximatif et même en étant guidé ! Il est important qu'il comprenne rapidement ce qu'on attend de lui.

o Attention, prévoyez un renforçateur encore plus important pour le jour où votre enfant émettra la nouvelle compétence de manière complètement autonome !

Reprenons notre exemple :

Je veux enseigner à Jean le geste de piquer avec sa fourchette. J’ai choisi d’utiliser la guidance physique qui semble correspondre à son fonctionnement.

Lors des repas, des activités pâte à modeler etc

1er essai : je me place juste derrière Jean

j’attends qu’il dirige sa fourchette vers l’aliment et je le guide immédiatement en main sur main pour piquer l’aliment

je le félicite “Bravo Jean tu piques avec ta fourchette super !”

j’enlève ma main et le laisse porter la fourchette à sa bouche

Etc…

15e essai : Je me place derrière Jean avec 1,5 m de distance ;

Je laisse Jean diriger sa fourchette vers l’aliment ;

il essaie de piquer seul l’aliment ;

je le félicite et je lui fais une accolade (apprécie les câlins) “tu piques tout seul avec ta fourchette tu es un champion je te fais un câlin !”

je reprends mes distances et le laisse terminer seul.


Au départ, chaque essai réussi de manière autonome doit être félicité, renforcé à haute dose ! Au bout d’une dizaine d’essais réussis seul, vous pouvez commencer à espacer vos félicitations. Elles arriveront alors de manière aléatoire afin de maintenir ce comportement.

Tenir un carnet de bord permet de visualiser l’avancée des progrès et par conséquent l’estompage de vos guidances !


Liste non exhaustive des caractéristiques des enfants correspondants le mieux à chaque type de guidance (lors de la mise en place d’une nouvelle compétence)




Les pièges à éviter !


Lors de la mise en place de nouveaux apprentissages qui nécessitent de réfléchir à des guidances, il est important d’éviter certains pièges :


Une nouvelle compétence se travaille plusieurs fois dans la journée ! Il est important que vous favorisiez des situations d'entraînement dans différents contextes, avec différentes personnes, sur différents supports, pour généraliser dès le départ ce nouvel apprentissage.


Éviter autant que possible d’utiliser plusieurs guidances pour un même apprentissage ! D’où l’importance de bien se questionner et observer au départ. Il est plus judicieux de tester une première guidance qui vous semble pertinente pour votre enfant et de la changer si nécessaire par la suite dans le cas où elle ne fonctionnerait pas !

Éviter d’utiliser la même guidance trop longtemps si la nouvelle compétence n’émerge pas chez votre enfant !

Donnez-vous un repère : si après une semaine passée à essayer quotidiennement d’enseigner une nouvelle compétence à votre enfant, vous ne percevez pas d’ébauche d’acquisition, alors tester une nouvelle façon de guider !

Guidez votre enfant, oui, mais au bon moment !

Evitez d’ajouter de l’aide en oubliant qu’il y a peut-être d’autres compétences déjà en place chez votre enfant. Restez fixer sur LE comportement que vous attendez.

Prenons l’exemple du comportement à enseigner “piquer les aliments avec sa fourchette”. Vous apportez votre guidance au moment où votre enfant dirige sa fourchette vers les aliments et arrêtez la guidance lorsqu’il porte les aliments à sa bouche (action qu’il sait déjà faire seul). Si vous continuez à le guider pour ce comportement aussi, vous risquez de le rendre dépendant de vos guidances.

Aussi, n’attendez pas trop longtemps avant d’apporter votre aide pour un nouveau comportement ! Vous risquez de mettre votre enfant en situation d’échec. Généralement, comptez 3 secondes avant d’apporter votre guidance. Cela laisse le temps à votre enfant, essai après essai, de vous surprendre en engageant seule la nouvelle compétence !


De la guidance totale à l’estompage, comment faire ?

# Lorsque vous mettez en place une guidance, il faut réfléchir au préalable à la manière dont vous allez l’estomper. Il est impératif d'éviter que votre enfant devienne dépendant de votre guidance. La fonction de celle-ci étant que votre enfant puisse, in fine, réaliser un comportement, une action ou un enchaînement de tâches réalisées seul !

# Ainsi, il existe différentes stratégies pour estomper les guidances et laisser votre enfant devenir de plus en plus autonome. Voici la liste :

o Réduire l’intensité de la guidance : Réduire l’intensité d’une aide signifie continuer à donner la même aide mais avec de moins en moins de force, moins de contact.


Exemple : j'apprends à mon enfant à allumer l'ordinateur.

1. J'utilise d'abord la guidance physique en faisant du main sur main pour appuyer sur le bouton.

2. Dans un second temps, je mets en place un estompage dans le même type de guidance. Je pose alors ma main sur son coude pour accompagner le geste.

3. Enfin, lorsque j’observe mon enfant de plus en plus spontané, je donne une simple impulsion sur son épaule pour amorcer le début du geste. Mon enfant finit le mouvement seul et appuie seul sur le bouton d’allumage.



o Changer de type de guidance :

Le changement de guidance implique de passer d’une aide intrusive à une aide moins intrusive à mesure que la nouvelle compétence s’installe.


Exemple : j'apprends à mon enfant à remplir son bol de lait seul.


1. Dans cette situation, selon le profil de mon enfant, je décide de commencer à guider verbalement les différentes étapes : “ouvre le frigo ; prends la bouteille de lait ; pose-la sur la table ; va chercher ton bol ; pose-le sur la table ; ouvre la bouteille de lait ; verse du lait dans ton bol ; repose la bouteille ; referme la bouteille de lait ; remet la bouteille au frigo.

2. Pour estomper cette guidance, au fur et à mesure des essais dans différentes situations, je décide de passer à des guidances gestuelles. Je pointe alors en direction de chaque étape (le frigo, la bouteille, la table, le bol etc.).

o L'estompage temporel des guidances :

L’estompage temporel d’une guidance réside dans le fait d’augmenter petit à petit le temps de présentation de la guidance. Par exemple, lorsque l’on donne une consigne, nous laissons un délai à l'enfant, pour lui donner l'opportunité de s'engager dans le comportement tout seul.

Exemple : j’apprends à mon enfant à enchaîner les exercices sur fiche.

Lors des premiers essais guidés, lorsque mon enfant termine un exercice, j’apporte mon aide en pointant l’exercice suivant dans les 3 secondes.

Par la suite, lorsque mon enfant termine un exercice, j’attends 5 secondes et je pointe l’exercice suivant si besoin. Je laisse donc le temps à mon enfant d’engager la nouvelle compétence spontanément.

Lancez-vous et faites-vous confiance ! Les professionnels qui vous accompagnent et vous soutiennent au quotidien sont disponibles pour vous aider à la mise en place de ces outils. N’hésitez donc pas à faire appel à eux !


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©2020 par Dr Benjamin Landman. Service de pédopsychiatrie, CHU Robert Debré.