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Comment aider son enfant avec un Trouble du Spectre Autistique à vivre la fin du confinement ?

Équipe pluridisciplinaire des unités Troubles du Spectre Autistique & des Troubles du Neuro-développement, Centre d’Excellence des troubles du neuro-développement, hôpital Robert Debré, Paris


Si le confinement a été une période de changement et une source d'anxiété, la fin du confinement est également une période de fort stress pour la plupart d’entre nous. L'appréhension de la reprise pour nous ainsi que pour nos enfants est majeure du fait de l'imprévisibilité des événements dans les semaines à venir, et des informations qui changent chaque jour, du fait de devoir organiser et réorganiser notre fonctionnement quotidien. Le stress des familles est mis à rude épreuve, en particulier chez les personnes avec un trouble du spectre de l’autisme ou un autre trouble du neuro-développement.


Les bons réflexes : · Un certain nombre de consultations ont été reportées ou annulées par les professionnels ou les parents durant la période de confinement. Cependant, veillez à reprendre contact avec les professionnels avec qui vous aviez ou envisagiez un rendez-vous afin de ne pas retarder des soins essentiels. · Notamment pour les soins dentaires vous pouvez contacter d'abord votre dentiste habituel. Si vous n'avez pas de dentiste habituel ou si vous ne parvenez pas à le contacter, vous avez la possibilité d'appeler directement le 09 705 00 205. https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A13994. · Pour les enfants suivis en libéral (orthophoniste, psychomotricien, éducateur, psychologue, orthoptiste, kinésithérapeute,...) ou dans des structures type CMP ou CMPP par exemple, n’hésitez pas à reprendre contact avec les professionnels qui suivent votre enfant. En effet, bon nombre d’entre eux s’organisent afin de permettre des reprises de suivis, sur place ou à distance (téléconsultation par exemple).



Les difficultés liées à l'imprévisibilité des événements

La fin du confinement procure une nouvelle situation de changement du quotidien qui peut déstabiliser votre enfant et générer de l’anxiété. Il est donc possible que vous constatiez une majoration des difficultés telles que des troubles du comportement, de l'opposition, des autostimulations, des troubles du sommeil, etc. Ceci est tout à fait normal.

Les informations dont vous disposez et l’organisation de la journée peuvent varier de jour en jour, amenant de l’incertitude et des difficultés à prévoir et organiser le quotidien. Par exemple, votre enfant ne va peut-être pas à l’école tous les jours, la reprise des prises en charge est progressive etc.


Face aux changements, il est important de renforcer positivement les bons comportements et l’adaptabilité de votre enfant. Pour cela, vous pouvez lui proposer des temps d’activités plaisantes dans la journée et garder à proximité les renforçateurs de votre enfant. Ceci aidera à changer plus facilement les habitudes.


Stress des parents et de la fratrie

Vous-mêmes ainsi que les frères/soeurs, pouvez ressentir du stress face à la situation de fin du confinement. Les emplois du temps visuels peuvent servir à toute la famille ! N’hésitez pas à les proposer à chacun de vos enfants. En fonction de leur âge et de leur niveau de compréhension, expliquez-leur les informations dont vous disposez et des risques d’évolutions

Vous pouvez également proposer à vos enfants de pratiquer la relaxation en famille. Vous trouverez quatre idées d’activités dans la fiche suivante : Cliquez ici

La Fin Progressive du confinement

Le fin du confinement se fait progressivement, ce qui implique des situations particulières pour chaque école en fonction notamment des mairies et des ressources locales.

De même, les structures d’accueil et de prises en charge telles que les UEM, UEEA, IME, SESSAD, CMP et associations ont pour certaines réouvertes (mais pas toutes) et souvent dans des conditions/organisations souvent confuses.

1. Votre enfant ne retourne pas à l’école ou dans sa structure d’accueil

Il est important de poursuivre les routines quotidiennes mises en place lors du confinement. Même si votre enfant ne retourne pas à l’école, essayez quand même d’introduire dans la journée des moments de sorties, si cela est possible.

2. Votre enfant retourne à l’école ou en structure d’accueil


Le retour à l’école ou dans les structures d’accueil peut être une source d’anxiété pour votre enfant. Il faut se réadapter aux nouvelles routines de la reprise. En plus il y a tout un temps d’adaptation, car ce que l’enfant connaissait, à changer, et tous les adultes portent des masques. Ces changements peuvent être particulièrement stressants.



Structurer (ou re-structurer) l’organisation du temps

Pour les plus jeunes ou pour les enfants plus réceptifs aux présentations visuelles, vous pouvez utiliser un emploi du temps visuel avec des pictogrammes. Vous dé-scratchez chaque soir, avec votre enfant, le pictogramme du jour. Vous pouvez bien sûr changer la bande du haut “je vais à l’école” et le pictogramme “école” pour l’adapter à votre enfant et à l’activité.




“Rendre visibile et concrète la durée restante jusqu’au retour à l’école


Pour les enfants qui savent utiliser un calendrier, vous pouvez également imprimer une page de calendrier du mois. Vous notez “école”et chaque soir, vous barrez ensemble le jour passé. Vous pouvez aussi expliquer oralement à votre enfant les activités de la journée.

Il est possible que votre enfant n’aille pas tous les jours à l’école ou en structure, et reste à la maison. Dans ce cas, un planning sur la semaine peut être envisagé. Vous y noterez ensemble les jours “à l’école” et les jours “à la maison”. Vous pourrez pour cela utiliser des pictogrammes, des photos ou bien écrire.

De même, si des professionnel.les de santé (éducateur.ice, psychologue, etc.) sont susceptibles de venir chez vous, vous pouvez proposer à votre enfant d’intégrer la photo du professionnel à l’emploi du temps visuel.

Astuce : demander à l’intervenant d'envoyer sa photo avec et sans le masque pour que l'enfant s'habitue ! Ceci lui permettra de comprendre et d’anticiper la venue de la personne.

À noter qu’il est important d’adapter à votre enfant et à ses compétences les outils utilisés et l’unité de temps présentée sur le planning.

Attention, pour certains enfants, à ne pas faire cet “emploi du temps” trop à l’avance, cela pourrait augmenter leur anxiété.


Un emploi du temps pourra être élaboré pour chaque personne, afin que tous visualisent les moments à la maison, les moments à l'école ou au travail, les temps de partage de tâche de la vie quotidienne. Rendre visible les temps de disponibilité et de travail des parents peut aussi être utile.

Planification de la journée : Cliquer ici

Élaboration d’un planning visuel : Cliquer Ici

Ressources pictogrammes : Cliquer Ici 1- 2 - 3 - 4 - 5



Assistant d'Élève en Situation de Handicap (AESH/AVS)

Malheureusement la rentrée de votre enfant est conditionnée souvent à la présence de l’AVS/AESH

Si celui/celle-ci ne peut être présent.e, vous pouvez réfléchir, avec l’école, à un éventuel aménagement des horaires. Par exemple, il pourra être question de la présence de votre enfant par demi-journée ou bien sur des créneaux horaires précis. Il pourrait par exemple venir sur des temps d’activités plaisantes ou d’autonomie, afin que la reprise de l’école lui soit ”agréable”.


Nouveaux aménagements à l’école

Si possible, demander aux équipes pédagogiques en place dans l'établissement d'envoyer des photos de la structuration des aménagements effectués. Cela permettra de préparer votre enfant à ces changements dans son environnement.

Sorties en dehors du domicile

Les changements de repères liés à la fin du confinement chez les enfants avec un TSA peuvent être source d’anxiété car ils vont être exposés à de nouveaux fonctionnements, aux personnes qui portent des masques, à la distanciation physique à respecter, etc.

De plus, la fin du confinement augmente les stimulations sensorielles extérieures qui ont été fortement réduites pendant le confinement. Il y avait moins de bruit, moins de monde dans la rue, moins de mouvements. Il n'y a pas eu d'utilisation des transports en commun.

Ainsi, il semble judicieux de procéder à une exposition progressive de votre enfant à l’extérieur, en le préparant et en l’accompagnant à sortir petit à petit. Une exposition progressive aide à prendre confiance et à réduire par conséquent l’anxiété face aux situations nouvelles.


Pour cela, vous pouvez augmenter progressivement la durée et la fréquence des sorties. Vous pouvez commencer par des situations simples, comme se promener dans la rue et dans un deuxième temps, s’exposer à des situations où il faut faire plus attention (les magasins par exemple) en rappelant en amont les gestes barrières à respecter (en image par exemple).

Ressources pictogrammes sur les gestes barrières : Cliquer Ici 1 - 2


Gérer le temps d’écran

Pendant la période du confinement, le temps passé sur les écrans a parfois augmenté insidieusement. Avec la fin du confinement, une diminution progressive de ces temps d’écran doit être envisagée. Pour cela, vous pouvez réduire de quelques minutes tous les jours l’utilisation des écrans afin que la diminution soit continue et non brutale.

Vous pouvez aussi proposer des alternatives aux écrans, par le recours à des jeux et des activités appréciées par votre enfant.

Si le contrôle du temps passé sur les écrans reste difficile, vous pouvez vous référer à la fiche dédiée : Cliquer Ici

Changement d’habitudes et de repères

Une routine quotidienne s’était progressivement installée lors du confinement. Avec la fin du confinement, un nouveau fonctionnement et de nouvelles habitudes doivent se mettre en place. La reprise des activités des membres de la famille risque d’entraîner des frustrations et des contraintes pour votre enfant :

- Parents moins disponibles, va et vient dans la maison,

- Reprise d'horaires en particulier de lever et de coucher plus stricts,

- Augmentation des contacts sociaux, des situations d’attente.

Les enfants avec TSA sont sensibles à ces changements de repères et cela peut provoquer chez eux des changements de comportement. Par exemple, on peut observer une majoration de l’anxiété, des stimulations sensorielles, des troubles du comportement (notamment de l’opposition et de l’agressivité).


Comment éviter la survenue ou l’augmentation de troubles du comportement?

❏ Pour l’enfant

Pour les plus jeunes, le retour progressif à l’école entraine des frustrations car tout est un peu différent malgré tout (les autres enfants ne sont pas là, les adultes ont des masques, tout le monde est stressé). Essayer à travers une petite histoire que vous pouvez vous-même construire et que vous pouvez lire à votre enfant le soir, avec quelques écrits mais surtout des images, pictogrammes ou photos (http://www.les-coccinelles.fr/images.html) de mieux expliquer ce qu’il vit maintenant dans son quotidien.

Vous pouvez introduire dans un planning visuel sur la journée ou demi-journée, des activités plaisantes programmées avec l’enfant qui le rassurent.

Afin d’augmenter la prévisibilité et de rétablir les liens, vous pouvez reprendre progressivement contact avec les proches et les camarades de classe/copains – qu’ils ne voient pas en classe- à travers un moyen numérique, par exemple passer des appels en visio.

Par ailleurs, pour gérer le stress que peut ressentir votre enfant avec cette nouvelle situation, vous pouvez aussi :

- Expliquer qu’il ne passera pas autant de temps avec les personnes qui étaient tous les jours avec lui pendant le confinement,

- Expliquer que des personnes de l'entourage ne reprendront pas leurs activités scolaires ou professionnelles forcément en même temps que lui ou sur les mêmes temps que lui,

- Expliquer que toute la famille subit un stress et partager vos émotions. Comprendre et parler des émotions que l’on ressent permet de mieux les vivre. Pour aider votre enfant à identifier ses émotions, vous pouvez lui proposer un “thermomètre des émotions”.

Météo des émotions : exemples 1 2

❏ Pour la famille

Comme vous le constatez, la reprise est progressive et parfois avec une organisation et des activités différentes selon les membres de la famille. Les changements peuvent générer du stress pour l’enfant mais aussi pour l’entourage. En effet, parents, fratrie et toutes personnes qui faisaient partie du quotidien de l'enfant pendant le confinement, reprendront certaines de leurs activités.

La gestion de votre propre stress, de votre travail et des modes de scolarité parfois différents de vos enfants sont une succession d'événements que vous ne pouvez pas toujours anticiper ou planifier. Faites-vous confiance, prenez soin de vous, réservez-vous des moments seuls et des temps agréables en famille et restez bienveillant.

Fiche relaxation en famille : Cliquer Ici

Fiche programme triple P : Cliquer Ici

Si des difficultés apparaissent dans la fratrie, vous pouvez consulter cette fiche : Cliquer Ici



Comment expliquer les gestes barrières et comment les appliquer


# Se laver les mains

Vous pouvez utiliser des supports visuels afin d’aider votre enfant à se laver les mains. Par exemple, avec des photos ou bien des pictogrammes, comme ci-dessous.



Photos tirées des livrets suivants pour faciliter l’acquisition des gestes barrières :

- Pour les jeunes enfants :Cliquer Ici

- Pour les adolescents : Cliquer Ici

Vous pouvez également accompagner votre enfant pour se laver les mains, le faire à deux, afin qu’il automatise les gestes plus facilement. Le faire en comptine peut également l’aider à trouver l’activité plaisante et à faciliter sa coopération. Cliquer Ici

# Respecter les distances physiques

Vous pouvez expliquer à votre enfant pourquoi il est nécessaire de se tenir à distance des autres, s’il est en mesure de le comprendre. Vous pouvez expliquer que le virus se transmet d’une personne à l’autre, c’est pour cela qu’on ne doit pas se tenir trop près des autres personnes. Vous pouvez également utiliser des pictogrammes pour faciliter la compréhension de l’enfant.

Afin que l’enfant se rende compte de la distance qu’il doit mettre entre lui et les autres, vous pouvez lui dire de tendre son bras. Il ne doit pas pouvoir toucher la personne à côté de lui.




# Porter un masque

A partir d’un certain âge (à partir de 10 ans selon les recommandations actuelles, au-delà de 6 ans en règle générale), le port du masque pourra être obligatoire dans certains contextes. Il peut donc être important de s’y habituer progressivement car le port du masque peut être gênant, surtout en présence de particularités sensorielles comme une hypersensibilité tactile par exemple.

Vous pouvez entraîner votre enfant à mettre le masque et à le porter pour une certaine durée. L’habituation doit être progressive et se répéter tout au long de la journée. Vous pouvez rendre le port du masque amusant, en créant une histoire de déguisement avec ses peluches ou en “customisant” les masques. Vous trouverez des exemples dans le document suivant : Cliquer Ici

Pour certains enfants, comme il s’agit d’un apprentissage, il faudra associer le temps du port du masque à un renforcement positif : par exemple, félicitations, activités sensorielles appréciées, activités plaisantes, etc. et l’intégrer progressivement dans la routine quotidienne. Cliquer Ici

D’autres enfants auront besoin d’une guidance claire reprenant toutes les étapes afin qu’ils deviennent de plus en plus autonomes dans cette tâche, sous forme de tableau par exemple, en y incluant des images, pictogrammes ou photos. Cliquer Ici

Quelques exemples de photos et pictogrammes en lien avec le port du masque :






D’autres pictogrammes sont disponibles sur ce site : Ici



Vous trouverez ci-après d’autres liens concernant les gestes barrières et les comportements à adopter, ainsi que les procédures :

- Fiche sur l’apprentissage des gestes barrières de l’hôpital Robert Debré : Ici

- Pour les enfants qui présentent des particularités sensorielles: Ici

- Pour les plus jeunes : Ici

- Pour les adolescents : Ici

- Pour les enfants ayant un outil de communication alternatif : Ici

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©2020 par Dr Benjamin Landman. Service de pédopsychiatrie, CHU Robert Debré.