• Collectif

Comment et pourquoi utiliser un outil de communication alternative et augmentée (PECS, Makaton…) ?

Oriane Graciano (Orthophoniste), Angeline Charmet ( Psychologue) ; Anna Maruani (pedopsychiatre), Valérie Chaput (psychologue) et tout l'équipe des Unités des Troubles du Spectre de l'Autisme.

Centre d’excellence des troubles du neurodéveloppement InovAND, Hôpital Robert Debré, Paris.



Les objectifs de la CAA


Etre capable de communiquer est indispensable pour faire part de ses besoins, de ses envies et s’intégrer dans la société. Lorsqu’un enfant a des difficultés pour communiquer par la parole, des outils et des stratégies de communication alternative et augmentée (CAA) peuvent lui être proposés : PECS, Makaton, PODD, Proloquo2go... Les objectifs de la CAA sont de soutenir, compléter ou de se substituer au langage oral selon les besoins pour permettre d’être compris par son entourage. Le développement de la communication est également à l’origine de nombreux bénéfices secondaires tels que la réduction de la frustration de l’enfant, l’amélioration de sa compréhension et l'enrichissement des relations sociales. Les troubles du comportement de l’enfant peuvent parfois s’expliquer par une difficulté à communiquer de manière fluide et spontanée. Ainsi la mise en place

d’un outil de CAA favorise la diminution les troubles du comportement.


Les bonnes pratiques en CAA


1 - L’utiliser à la maison même si je comprends mon enfant : Je peux proposer et utiliser l’outil de communication même si je comprends mon enfant sans. C’est l’occasion de lui montrer comment l’utiliser sans le mettre en difficulté puisque je sais ce qu’il souhaite me dire. Cela permet aussi de lui montrer qu’il peut utiliser son outil dans tous les environnements et cela permet de généraliser son usage à la maison aussi. Peut-être que la prochaine fois il me communiquera quelque chose que je n’aurais pas su comprendre !

2 - L’utiliser dans tous les environnements : utiliser l’outil de communication dans un maximum d’environnements favorise la généralisation et l’automatisation de son utilisation. C’est ce qui permet aussi de rendre la communication la plus spontanée possible. On peut avoir besoin de communiquer à l’école, dans les transports en commun, à la maison ou dans les magasins !


3- Dans le même sens, et en particulier pour le PECS il est important de laisser à la disposition de l’enfant tous les pictogrammes qu’il a l’habitude d’utiliser, même si on ne pourra pas répondre favorablement à sa demande. Lorsqu’un enfant qui parle demande 20 fois à la suite des biscuits on ne peut pas l’empêcher de parler, c’est pareil pour l’utilisation du classeur ! Je peux utiliser un code visuel à placer sur le pictogramme pour indiquer que l’objet est indisponible ou répondre non à mon enfant.


4 - Modéliser (utiliser l’outil en tant que parent pour donner l’exemple) : la modélisation est le fait d’utiliser soi-même l’outil de communication pour s’exprimer. Il est difficile d’attendre de mon enfant qu’il utilise un outil s’il ne me voit jamais l’utiliser moi-même. Je peux ainsi montrer l’étendue des possibilités de communication.


5 - Pour démarrer il est important d’avoir accès à un vocabulaire de base, centré sur les besoins de communication de mon enfant ! Je dois essayer de penser à ce qu’il voudrait me dire. La priorité n’est pas de me servir de l’outil pour lui donner des consignes ou pour développer des compétences scolaires, mais plutôt de favoriser une communication spontanée, basée sur les intérêts de mon enfant (activités favorites, aliments qu’il aime).


6 - Lorsque mon enfant utilise son outil de communication je suis attentif et disponible, j’essaie de faciliter sa communication et de rendre l'interaction gratifiante pour lui en l’encourageant et en le félicitant.




Les différents outils de CAA



Makaton


Le programme MAKATON a été créé dans les années 1970, en Angleterre. Il s’adresse aux personnes qui ont des troubles sévères du langage et de la communication. Le Makaton permet de développer les compétences de communication en alliant la parole, des signes (issus de la Langue des Signes Française -LSF-) ainsi que des pictogrammes. Les objectifs du Makaton sont d’aider à la compréhension du langage verbal, de développer l’expression et les compétences langagières (élaboration de phrases) et enfin d’établir des pré-requis à la lecture et à l’écriture.


L’utilisation combinée de supports visuels comme les pictogrammes, associés à un signe et à la parole permet de faciliter la compréhension de l’enfant. Les deux modalités possibles - signes et/ou pictogrammes - permettent de s’adapter au mieux à l’enfant. Il pourra s’exprimer en utilisant des signes s’il dispose de bonnes capacités d’imitation et de symbolisation, ou bien avec des pictogrammes. Ce programme se différencie de la LSF dans la mesure où l’adulte doit parler et que les signes suivent l’ordre de la phrase. Cela permet à l’enfant de mieux identifier et comprendre les différents mots de la phrase.

Un vocabulaire signé et pictographié de 450 concepts est proposé par le programme Makaton. Il est subdivisé en 5 niveaux. Il existe un vocabulaire complémentaire de 7000 concepts.


On vise une utilisation fonctionnelle des mots, c’est à dire leur utilisation pour : nommer, faire des demandes, effectuer des choix, refuser, commenter... Il convient donc de favoriser des situations qui permettent d’utiliser ces mots/signes dans des contextes variés.





Une vidéo pour illustrer https://www.youtube.com/watch?v=onJ7V0S41ZM&ab_channel=AFHARTCL

un site pour en savoir plus https://www.makaton.fr/



PECS


Le PECS (Picture Exchange Communication System) est un outil développé aux Etats-Unis en 1985 par un médecin et une orthophoniste (Bondy et Frost). Il s’agit d’un outil basé sur l’échange d’images pour communiquer et s’appuie sur l’ABA. L’enseignement à l’utilisation du PECS est très structuré et décomposé en 6 phases c’est pourquoi il est important d’être formé pour débuter avec cet outil.

Les premières étapes vont consister à apprendre à l’enfant (ou l’adulte) à donner l’image (sous forme d’un pictogramme) d’un objet souhaité à son partenaire de communication, le parent par exemple, qui va répondre immédiatement à sa demande. On s’appuie sur la motivation de l’enfant pour lui enseigner l’échange d’images dans des situations variées et avec différentes personnes. Au fur et à mesure l’enfant apprendra à choisir la bonne image en fonction de son souhait, à associer plusieurs images pour former des phrases et à diversifier les types de messages (d’abord des demandes, puis des commentaires ou des réponses à des questions). Il existe plus de 3000 pictogrammes PECS mais on peut également enrichir la banque d’images de photos ou de pictogrammes différents. Lorsque l’enfant maîtrise bien l’usage du classeur on peut lui proposer une interface numérique via une application sur tablette.

Le partenaire de communication verbalise toujours le message de l’enfant afin de lui offrir un modèle parlé. Par exemple dans la photo ci-dessous l’enfant a formé une phrase avec les pictogrammes “je veux” et “tablette”. L’adulte va prendre la bande-phrase et dire pour l’enfant “je veux la tablette”.






Une vidéo pour illustrer https://youtu.be/PcPACeY-AxE

Un site pour en savoir plus https://pecs-france.fr/picture-exchange-communication-system-pecs/



PODD


Le PODD est un système de classeur de communication mis au point par Gayle Porter une orthophoniste australienne. En français PODD se traduit par Tableaux Dynamiques à Organisation Pragmatique. On dit qu’il est organisé de manière pragmatique car les items sont organisés par thèmes et par arborescence en fonction de leur contexte d’utilisation par l'émetteur. On dit qu’il est dynamique car il est composé par plusieurs pages qu’il faut tourner. C’est un outil de communication robuste d’un point de vue linguistique car il offre un vocabulaire étendu et spécifique, des possibilités de syntaxe et permet d’exprimer toute sorte de messages et pas seulement des demandes.

C’est un outil papier que l’on personnalise en fonction des intérêts et des besoins de communication de la personne pour qui on le construit. Un des points forts est qu’il permet également de renforcer la compréhension du langage car l’interlocuteur pointe les symboles pour accompagner sa parole. Sa réussite repose sur l’immersion et les possibilités de modélisation de l’outil de communication. Tous les partenaires de communication peuvent utiliser le classeur pour montrer l’étendue des messages qui peuvent être émis. Le partenaire de communication doit être formé et peut aider la personne, surtout aux débuts, à émettre son message en tournant et sélectionnant les pages adéquates.



crédit : bloghoptoys.fr


Une vidéo pour illustrer https://youtu.be/tYVkRsFpwtg

Un site pour en savoir plus http://www.caapables.fr


Les outils numériques robustes (Proloquo2go, Snapcorefirst)


Il existe de nombreuses applications d’aide à la communication mais elles ne sont pas toujours comparables. Il est important de privilégier un outil de communication robuste linguistiquement c’est à dire qui offre un vocabulaire étendu et spécifique, des possibilités de syntaxe et permet d’exprimer toutes sortes de messages et pas seulement des demandes.


Proloquo2go et SnapcoreFirst sont tous deux disponibles sur ordinateur ou sur tablette. Le vocabulaire est présenté sous forme de pictogrammes et accessible par pointage ou par balayage visuel avec des dispositifs particuliers. Ici les banques de pictogrammes sont très fournies et offrent jusqu’à 10 000 images.


On présente à l’enfant un vocabulaire de base qui permet dès l’introduction de produire des messages variés (des demandes, des commentaires, la régulation du comportement des autres) qui correspondent à ce dont on a le plus besoin de dire : je, tu, arrêter, encore, faire. Les icones restent toujours à la même place ce qui facilite l’automatisation. Les applications peuvent gérer la grammaticalisation des messages c’est à dire conjuguer les verbes, accorder les adjectifs… Elles proposent également une synthèse vocale qui permet de modéliser le message verbal. Tout est très personnalisable : nombre de pictogrammes sur la grille, taille des images, voix de synthèse vocale etc.


Une vidéo pour illustrer https://youtu.be/0HVpy10WszI

Un site pour en savoir plus https://www.assistiveware.com/fr/apprendre-caa



Boite à questions


Est-ce que cela va empêcher mon enfant de parler ?

L’objectif des CAA n’est pas de remplacer le langage oral, mais au contraire de soutenir son émergence. En parallèle de l’utilisation des outils de CAA, votre enfant est systématiquement incité à utiliser le langage oral. Par exemple, lorsqu’il donne un pictogramme, le rôle de l’adulte est de verbaliser la demande et d’inciter l’enfant à répéter. Les outils de communication développent le vocabulaire et soutiennent la compréhension et l’élaboration de la construction de phrases. L’utilisation d’un outil de CAA n'empêchera donc pas votre enfant de parler, mais bien au contraire lui permettra de développer son intérêt pour la communication, et soutiendra l’apparition et l’enrichissement du langage.


A quoi ça sert si mon enfant parle déjà ?

Si votre enfant prononce déjà quelques mots et parvient à se faire comprendre, vous pouvez vous demander à quoi un outil de CAA peut lui servir. De la même manière, si après quelques temps d’utilisation d’un outil de CAA votre enfant commence à verbaliser de plus en plus de mots et à communiquer par le langage oral, il s’agit d’un progrès extrêmement positif qui peut vous conduire à penser qu’il n’a plus besoin de son classeur. Alors pourquoi est-il malgré tout important d’utiliser l’outil de CAA ? L'intérêt de cet outil est de rendre votre enfant compréhensible de tous, en effet, il n’est pas rare que les parents comprennent bien leur enfant car ils le connaissent et sont habitués à sa manière de communiquer, mais qu’il ne soit pas compréhensible pour ses autres interlocuteurs. Par ailleurs, l’outil de CAA permet de soutenir le langage, de le développer et de le rendre plus riche, d'où l’importance de continuer ou de commencer à l’utiliser même si votre enfant commence à parler et à communiquer par le langage. Il se peut aussi que même s’il commence à parler, les difficultés d’articulation ou de syntaxe de votre enfant ne lui permettent pas d’exprimer certaines choses, l’outil de communication pourra alors réparer les accidents de communication et continuer à être très utile à votre enfant.


Est-ce que mon enfant est trop jeune ou trop âgé pour en bénéficier ?

Il n’y a pas d'âge pour utiliser un outil de CAA. Plus tôt votre enfant l'utilisera, plus il sera naturel et efficace pour lui. Et de la même manière, il n’est jamais trop tard pour commencer ! Il n’y a aucune contre-indication à l’utilisation d’un outil de CAA, car ils sont extrêmements adaptables et personnalisables.


J’ai peur que mon enfant soit stigmatisé

Il est naturel de penser qu’un outil de communication va rendre plus visible les difficultés de votre enfant. Pourtant, l’outil de communication va permettre à votre enfant d’entrer plus facilement en interaction avec ses pairs et de nouer des liens. En lui apprenant à l’utiliser avec d’autres enfants, il pourra s’intégrer dans des situations de jeux ou des rituels sociaux et cela favorisera son intégration. C’est l’absence de moyens de communication qui risque d’isoler votre enfant et d’être un frein à sa socialisation.


Quels professionnels peuvent m’accompagner ?

Les orthophonistes sont les professionnels de la communication et sont très à même de vous accompagner dans la mise en place d’une CAA mais ce ne sont pas les seuls. Les psychologues et les éducateurs spécialisés peuvent également être formés et vous guider. Les ergothérapeutes connaissent en général bien les solutions technologiques et peuvent enseigner l’utilisation d’une application ou d’un matériel dédié à la communication, surtout si votre enfant présente des handicaps associés.




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48 Boulevard Serurier, 75019  Paris

©2020 par Dr Benjamin Landman. Service de pédopsychiatrie, CHU Robert Debré.