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Groupe d’Habiletés Sociales. Fiche N°2 :Activités de 4 à 6 ans

Maëlle ALLANORE psychomotricienne, Lauriane BOUGON orthophoniste, Christelle SBASNIK psychomotricienne, Valérie VANTALON pédopsychiatre, Centre d’excellence des troubles du neurodéveloppement InovAND, Hôpital Robert Debré, Paris.



Cette fiche fait suite à notre première fiche de présentation d’un Groupe d'Habiletés Sociales n°1


Dans cette fiche n°2, des outils et des idées d’activités vous seront données afin que vous puissiez aborder vous-mêmes les habiletés sociales avec vos enfants, en attendant de pouvoir débuter (ou reprendre) un groupe d'habiletés sociales en présentiel. Vous allez donc pouvoir mettre en pratique ces exercices avec votre enfant afin d'améliorer ses compétences sociales dans diverses situations.

Les activités proposées ci-dessous s’adressent essentiellement à des enfants de 4 à 6 ans, présentant un niveau de langage suffisant ou dans la norme.


Les situations présentées ci-dessous peuvent mettre vos enfants en difficulté. C’est pourquoi plusieurs étapes peuvent être nécessaires :


1. Expliquez à votre enfant la situation, ce que vous attendez de lui et pourquoi cela vous semble important. Il faut que votre enfant puisse théoriser ou intellectualiser le comportement attendu afin de le mémoriser et de se l’approprier.

2. Commencez par un entraînement à la maison (ex: “on va faire comme si j’étais le boulanger et que tu venais demander deux baguettes”, “on va faire comme si j’étais Lucas de l’école et que je venais t’embêter”, etc.). Ainsi, votre enfant comprend qu’il s’agit d’un jeu de faire-semblant pour s’entraîner.

3. Convenez avec votre enfant d’une petite “mission” dans la vie quotidienne (ex: “demain c’est toi qui va demander le pain au boulanger”, “cette semaine, si Lucas t’embête, tu lui diras “arrête!” en fronçant les sourcils).


Si besoin, ne pas hésiter à mettre en place un système de renforçateurs (ex : “si c’est toi qui demande le pain au boulanger deux fois cette semaine, on pourra faire telle activité que tu aimes”, éventuellement avec un tableau d’économie de jetons).




AU PARC



a. Pourquoi c’est difficile pour votre enfant :

Les stimulations sensorielles sont nombreuses et peuvent déranger votre enfant (notamment les cris des autres enfants, des parents, les mouvements incessants...). Il faut également respecter certaines règles sociales (le tour de rôle, partager le matériel avec les autres enfants, interpeller les autres enfants de façon adaptée…) décoder les intentions des autres et éventuellement résoudre des problèmes sociaux (ex: s’affirmer pour ne pas rater son tour sur le toboggan par exemple).

Pour cela votre enfant a besoin d'établir un contact visuel, de savoir décoder les expressions du visage, dadapter le volume de sa voix, davoir des gestes et des expressions corporelles en rapport avec son discours ...

b. Activités pour l’aider :

  • Servez de modèle à votre enfant, allez discuter avec d’autres parents, d’autres familles.

  • Votre enfant préfère jouer seul, encouragez-le quand même à partager une activité et à aller vers les autres, les habitudes prises petits serviront plus tard, elles seront des expériences positives « en milieu protégé » c’est-à-dire accompagnées par des adultes. N’hésitez pas à aller avec lui dans un premier temps et à jouer à 3 (vous et les deux enfants) pour servir de modèle à votre enfant.


  • Initiez les interactions par le biais d’activités motrices dans un premier temps. Il sera plus facile de débuter les échanges dans ce cadre que dans une conversation. Vous pouvez demander aux autres enfants de débuter un jeu collectif (1/2/3 soleil, cache-cache, chat, jeu de ballon etc.) puis guidez votre enfant lors de ce jeu. Estompez les guidances et retirez-vous progressivement lorsque vous voyez que votre enfant est plus à l’aise.

  • Sollicitez par la suite votre enfant pour qu’il aille demander à un autre enfant de jouer avec lui.

  • Guidez ensuite votre enfant à échanger une conversation avec les autres enfants. Les premières fois, demandez vous-même à un enfant du même âge que le vôtre « bonjour comment tu t’appelles, est-ce que tu veux jouer avec untel ? ». Reprenez ensuite avec votre enfant cette expérience positive « tu as vu comment j’ai fait, je l’ai regardé dans les yeux, je lui ai souri et je lui ai demandé s’il voulait jouer, ça a marché, la prochaine fois c’est toi qui le fera ! ».

  • S’il a des frères et sœurs, même plus jeunes, ils peuvent être des modèles sociaux aussi, proposez leur la mission de guider.



CONVERSATION A LA MAISON

(après le retour de l’école, pendant le repas, au moment du goûter, etc.)


a. Pourquoi c’est difficile pour votre enfant :

Votre enfant peut avoir des difficultés à comprendre les intentions de l’autre si elles ne sont pas explicites et à respecter les codes de la conversation. Il doit réussir à initier une conversation, la réguler et l’achever. Il doit également respecter les règles de conversation comme ne pas être trop bavard, répondre aux questions, ne pas couper la parole, savoir décoder les signaux non verbaux comme la lassitude de son interlocuteur. Le maintien ou l’alternance du contact visuel de votre enfant est alors nécessaire. Par ailleurs, il a vécu des choses dans la journée et vous n’y étiez pas, il n’est pas inné pour lui de comprendre que vous aimeriez savoir ce qu’il a fait comme activités, ce qu’il a intéressé, ce qui a été difficile pour lui etc....

b. Activités pour l’aider :

  • Dire une chose qu’il a aimée et une chose qu’il n’a pas aimée

  • Posez des questions précises sur l’activité sportive ou bien le repas ou bien la récréation

  • Au début guidez le avec des questions simples dont vous connaissez la réponse pour pouvoir l’aider si besoin. Vous pouvez demander à la maîtresse de vous donner un ou plusieurs éléments clés de la journée à la sortie d’école.

  • N’hésitez pas à raconter certains éléments de votre journée également et à inciter votre enfant à vous poser quelques questions (en lui donnant des idées comme “tu peux me demander ce que j’ai mangé ce midi”, “tu peux me demander qu’est-ce que j’ai préféré aujourd’hui”, etc.). Ainsi, votre enfant s’habituera à faire preuve de réciprocité sociale


JOUER / DISCUTER AVEC DES ENFANTS DU MEME AGE

a. Pourquoi c’est difficile pour votre enfant :

Votre enfant peut avoir du mal à utiliser les compétences sociales de base comme la plupart des autres enfants qui les apprennent naturellement. Ses compétences sociales sont primordiales, elles sont à la base de toutes les relations que votre enfant va entretenir avec ses camarades, sa famille, ses professeurs, mais aussi dans un cercle plus large, les commerçants du quartier, le conducteur de bus, le passant dans la rue etc.... Il est important de lui donner des repères et des aides pour le guider, nous vous proposons quelques pistes pour l’aider à s’intégrer socialement auprès de ses pairs. N’hésitez pas à répéter les choses à faisant des jeux de rôle.

b. Activités pour l’aider :

  • Intéressez votre enfant aux jeux ou thèmes phares du moment (ex: Pokemon) afin qu’il puisse échanger avec ses pairs à ce sujet. Apprenez lui également de nombreux jeux moteurs (ex : cache-cache, 1/2/3 soleil, chat perché, chaud-froid, etc.) ainsi que des petits jeux de société (ex: Batawaf, Lynx, etc.) afin qu’il soit à l’aise pour y jouer ensuite avec ses pairs. La situation d’interaction sociale peut déjà le mettre en difficulté, il vaut donc mieux qu’il maîtrise l’objet de cette interaction.

  • Sollicitez des enfants de votre entourage (cousins, voisins, etc.) et leur demander de jouer quelques minutes avec votre enfant (s’ils ne le font pas déjà naturellement). Les premières fois, il vaut mieux des sessions courtes mais qui se passent bien. Observez votre enfant attentivement sans intervenir pour analyser ses difficultés et ses points forts. Un autre jour, reprenez la même situation de jeu (ex: jouer aux petites voitures) en essayant de “coacher” les comportements peu adaptés que vous avez relevés (ex: tour de rôle, contact visuel, rester dans la thématique, demander les objets plutôt que les arracher des mains, etc.). N’hésitez pas également à valoriser les bons comportements (ex: “ah super tu m’as bien demandé d’échanger les voitures”, “ah super tu m’as lancé la voiture j’aime bien quand tu fais ça”, etc.).

  • La même stratégie peut être utilisée pour une conversation : d’abord avec un pair si cela est possible, puis plus tard avec vous, en insistant sur les points forts et points faibles.

  • Pendant un parcours moteur à la maison ou durant un sport/jeu collectif avec la fratrie : Apprenez à votre enfant à encourager son équipe, à oser faire sous le regard des autres, à demander l’aide d’un adulte, à être un bon perdant (en félicitant quand même son adversaire) mais aussi un bon gagnant (ne pas trop en faire...).

  • Apprenez éventuellement à votre enfant à tricher pour rigoler mais surtout à apprendre à réagir face à la tricherie. Vous devrez donc tricher ostensiblement et lui apprendre à analyser la situation, à se défendre verbalement (ex: “je n’aime pas quand tu triches, si tu continues je n’aurai plus envie de jouer avec toi”) tout en maîtrisant ses émotions.

  • Apprenez à votre enfant à réguler son comportement en situation de jeux. Par exemple, entraînez votre enfant à proposer un jeu (ex: “tu veux jouer à ça avec moi?”), à savoir l’expliquer aux autres (ex: demander à votre enfant de vous expliquer les règles d’un jeu comme si vous n’y aviez jamais joué), à pouvoir suivre les règles (ne pas tricher, ne pas changer les règles en cours de jeu, maintenir jusqu’à la fin), dire gentiment quand on veut arrêter, etc...

  • Vous pouvez entraîner votre enfant à maintenir les échanges verbaux de façon ludique, par exemple avec des petits jeux tels que : “Dans ma valise il y a…” (compléter la phrase en citant un objet, puis le joueur suivant doit répéter la phrase depuis le début en rajoutant un élément à la fin, et ainsi de suite), “L’histoire sans fin” (le premier jour commence une histoire (ex: ce matin je suis allé me promener”) et le jour suivant doit compléter ou proposer une deuxième phrase, et ainsi de suite pour créer une histoire cohérente), “Devine à quoi je pense” (votre enfant doit deviner à quel animal ou objet vous pensez, en vous posant des questions auxquelles vous ne pouvez répondre que par oui ou non). Tous ces petites activités verbales ne nécessitent pas de matériel, peuvent être proposées dans des moments d’attente ou bien dans la voiture. Ils permettent de travailler le maintien des échanges verbaux, mais également la mémoire verbale, l’attention auditive, le contact visuel, la cohérence, la théorie de l’esprit, etc.


PENDANT LA LECTURE D’UN LIVRE


a. Pourquoi c’est difficile pour votre enfant :

Votre enfant peut avoir du mal à comprendre l’implicite, les sous-entendus et tout ce qui n’est pas dit clairement. Il lui est également difficile de se mettre à la place de l’autre, de comprendre ses intentions et ses émotions. Il peut alors avoir des difficultés à comprendre des histoires si elles impliquent tous ces paramètres. De plus, des situations sociales de la vie réelle peuvent également être travaillées à travers le livre.

b. Activités pour l’aider :

  • Devinez ce que les personnages disent : avant de lire une page vous pouvez essayer de faire deviner à votre enfant ce que les personnages peuvent se dire. S’il n’y arrive pas spontanément vous pouvez lui donner des indices progressivement. Lorsque votre enfant parvient à deviner ce que les personnages peuvent se dire vous pouvez aller plus loin et lui demander de faire parler les personnages, d’inventer une petite histoire.

  • Anticipez les situations : Comme lors de l’exemple précédent avant de tourner une page vous pouvez demander à votre enfant ce qu’il pense qu’il va se passer ensuite. A nouveau vous pouvez l’aider en lui donnant des indices. L’objectif ici n’est pas forcément de trouver la bonne réponse, mais surtout d’apprendre à anticiper, à faire des inférences, à se référer à des scenarii connus et à prendre en compte l’avis de l’autre en confrontant vos hypothèses.

  • Devinez les émotions des personnages : lorsque dans le livre certains personnages expriment une émotion claire, vous pouvez demander à votre enfant “à ton avis, comment se sent-il ? Content, en colère, triste etc. ?”



PENDANT UN JEU DE FAIRE-SEMBLANT


a. Pourquoi c’est difficile pour votre enfant :

Votre enfant peut se montrer en difficulté pour faire preuve d’imagination et pour jouer à faire-semblant avec des objets ou des personnages. En effet, cela implique qu’il doit avoir décodé et mémorisé différents scenarii sociaux ou différentes situations de la vie quotidienne. Cette compétence de jeu est importante chez le jeune enfant car il s’agit du principal moyen de rentrer en interaction avec ses pairs (qui n’en sont pas encore à l’étape de mener de grandes conversations). Ainsi, votre enfant doit être capable de répondre à une invitation de jouer (ex: “on joue à la maîtresse?”), savoir quoi dire et quoi faire, maintenir le jeu durant un petit moment, interrompre le jeu de façon adaptée lorsqu’il veut arrêter, etc. Savoir également initier ce jeu de faire-semblant avec ses pairs, faire des propositions de scenarii et s’adapter en fonction du comportement de ses camarades seront également des compétences à acquérir.

b. Activités pour l’aider :

  • Décidez ensemble d’un thème commun qu’il faudra respecter (ex: jouer à la maîtresse, jouer au docteur, faire le bain de bébé, etc.)

  • N’hésitez pas à faire des propositions qui ne vont pas forcément dans le même sens que votre enfant (ex: si votre enfant veut que le bébé ait de la fièvre, vous pouvez soutenir qu’il a plutôt mal au ventre). Ainsi vous habituerez votre enfant à s’adapter à son partenaire de jeu et à ne pas se montrer trop directif

  • Parlez à la place des personnages et incitez votre enfant à faire de même. Au départ, n’hésitez pas à lui donner des phrases toutes faites (ex: tu peux dire “docteur j’ai très mal aux dents aujourd’hui”) et attendez que votre enfant répète. Ainsi, vous lui donnez un petit stock de phrases qu’il pourra mémoriser, réutiliser puis enrichir.

  • Variez les situations, variez les personnages, variez les rôles de chacun (ex: pas toujours la même personne qui joue le docteur), variez les scenarii (ex: gentille maîtresse un jour, mais maîtresse sévère un autre jour), etc.





N’oubliez pas que c’est VOUS le meilleur spécialiste de votre enfant,

donc n’hésitez pas à adapter les propositions d’activités ci-dessus

et à en inventer des nouvelles…






Pour aller plus loin :

- Livres “Ben et les habiletés sociales” (Autisme Diffusion) - Sophie LEMARIE, Marie-Vincente THOREL, Lyza KERNUNIA

- Livres de la collection “Savoir vivre” - Geneviève LAURENCIN, Jean-Marie RENARD

- Livre “Boris, mon petit manuel de politesse” (MATHIS)

- Vidéos “C’est quoi l’idée” (sur Youtube): https://www.youtube.com/watch?v=FIwGAFRYr6I https://www.youtube.com/watch?v=nXAIwr16g3w

- Vidéos “Tout s’arrange” (sur Youtube) : “Quand la passion déborde”, “Eh tu m’écoutes”, “Trop cash attention au clash !”

https://www.youtube.com/watch?v=JRSc7-J-a40 https://www.youtube.com/watch?v=QQkPqL6z3MI https://www.youtube.com/watch?v=Ry4531vDu4k&t=37s


48 Boulevard Serurier, 75019  Paris

©2020 par Dr Benjamin Landman. Service de pédopsychiatrie, CHU Robert Debré.