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Le syndrome de la cabane : Que faire quand mon enfant ne veut plus sortir de chez lui ?

Dr Eva Stantiford, Dr Emma Barron, Dr Alexandre Hubert, Pr Richard Delorme - Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent – Centre d’excellence des troubles du neurodéveloppement, Hôpital Robert Debré, Paris, France. Dr Michel Spodenkiewicz - Pôle de Santé Mentale - Centre Hospitalier Universitaire Sud Réunion, France


Du jour au lendemain, les enfants se sont retrouvés confinés chez eux, isolés de leurs amis, camarades de classe et d'une partie de la famille, et nous aussi nous nous sommes retrouvés isolés de notre entourage personnel et professionnel. Cette nouvelle situation aura été anxiogène pour une partie de la population, notamment durant les premières semaines ; cependant nous avons fait preuve d’adaptation et nous avons trouvé avec nos enfants un nouveau rythme de vie en confinement.

Et nous voilà maintenant – alors que le confinement est terminé – dans une période peut être encore plus stressante. Notre enfant appréhende la reprise et même il montre parfois une peur incontrôlable de sortir à nouveau de chez lui. C’est ce que nous appelons le syndrome de la cabane. Derrière cette terminologie imagée se cache une véritable souffrance pour votre enfant.


Le syndrome de la cabane, c’est quoi ?

Le syndrome de la cabane (aussi appelé le syndrome de l’escargot) est le terme utilisé pour faire référence au sentiment de peur à sortir à nouveau de chez soi. Ce syndrome peut survenir après une période d’isolement relativement longue. Dans le contexte du COVID-19, ce terme fait référence à la peur de se « déconfiner » ou de se confronter au monde extérieur associée à des conduites d’évitement qui pousse votre enfant à refuser de sortir de chez lui. Votre enfant peut ressentir une appréhension à l’extérieur, à être en contact avec ses camarades ou d’autres personnes en dehors du domicile, de peur de prendre les transports en commun ou de se rendre à l'école.

Le syndrome de la cabane n’est pas en soit un trouble psychiatrique à proprement parler mais il correspond globalement à un trouble de l'adaptation pour lequel les enfants et adolescents sont particulièrement touchés, en particulier ceux ayant déjà consultés pour un trouble psychiatrique (notamment un trouble anxieux) ou suivis antérieurement pour des difficultés psychologiques.


Pourquoi a t-il peur de sortir alors qu’il devrait être heureux de la fin du confinement ?


# Pendant ces huit semaines de confinement, votre enfant a créé un « cocon » dans lequel il s’est senti protégé de toutes les agressions extérieures. Il s’est adapté à vivre « confiné » en établissant un nouveau rythme de vie chez lui. Il s’est senti en sécurité chez lui, à l’abri de la contagion du COVID-19. Dans ce contexte, ressortir de nouveau apparaît comme s’exposer à un danger potentiel.

# Ce sentiment est d’autant plus fort pour bon nombre d'enfants et d'adolescents qui sont encore moins sortis, pour certains, que les adultes, et qui n'ont eu comme seule connexion avec l'extérieur, les réseaux sociaux. De plus, bon nombre ont été confiné avec leurs parents ce qui pouvait être extrêmement réconfortant et rassurant.

# Parfois s’associe à ce sentiment de peur, un sentiment de colère. Voir que les personnes de son entourage ne respectent pas les gestes barrières et ne semblent pas conscientes des risques peut entraîner des sentiments d’énervement et de frustration. Cela l’encourage à rester dans sa zone de sécurité.

# Et finalement, la surexposition aux informations à la télévision ou la radio alimente aussi sa peur, et qui favorise son appréhension de sortir. On appelle cela des conduites d’évitement. Ces comportements sont très facilement transmis aux enfants et il est important de faire attention à leurs comportements mais aussi aux nôtres. Les enfants ressentent beaucoup l'anxiété que nous pouvions avoir durant le confinement.


Quelles sont les manifestations affectives et anxieuses du syndrome de la cabane ?

Chaque personne est différente et peut exprimer différents symptômes. Ce n’est pas toujours évident de les repérer chez les enfants et les adolescents. Si vous trouvez que votre enfant/adolescent a changé de comportement, alors il est important de l’interroger pour savoir s’il présente ou ressent :

  • Des pensées qui le stressent et qui l’empêchent de reprendre ses habitudes en dehors du domicile. Il vous dit avoir très mal au ventre lorsqu’il sort, il semble paniqué avant de sortir et utilise tout un tas de stratégie pour ralentir sa préparation pour sortir (va faire pipi 10 fois). Si vous lui touchez la main, il peut avoir les mains en sueur.

  • Apathie et manque de motivation, surtout pour les activités réalisées à l’extérieur.

  • De la tristesse, de la colère, de la frustration ou de l’irritabilité. Votre enfant peut paraître plus collant ou semble avoir perdu des acquisitions (comme l’énurésie)

  • Des difficultés de sommeil : insomnie d’endormissement, réveils nocturnes, une sensation d’épuisement dans la journée du fait d’un sommeil non réparateur. Votre enfant peut ne plus vouloir dormir seul

  • Difficultés pour se concentrer sur les tâches quotidiennes ou scolaires. Votre enfant peut paraître commence absent durant les devoirs.

  • Perturbation de l’appétit avec soit augmentation soit une diminution ou encore des grignotages.



Dix stratégies pour prévenir et lutter contre les symptômes du syndrome de la Cabane ?


1. Prenez votre temps. Il est nécessaire de prendre du temps pour s’adapter à la nouvelle situation de fin du confinement. Chaque enfant à son rythme et ses besoins différents. Soyez bienveillants à l’égard votre enfant, soyez patients et avancez à petits pas.


2. Exposez-vous de manière progressive. Faites des sorties mais progressivement. Vous pouvez commencer par exposer votre enfant de manière progressive à l’extérieur, aux personnes, aux sons extérieurs. Choisissez des lieux agréables ou des personnes avec qui il aime passer du temps Commencez par vous promener dans votre rue puis aller dans une boutique ou faites une balade. Essayez de faire en sorte que la sortie soit la plus agréable possible (se promener dans un parc où il avait ses habitudes, dans des lieux qu’il affectionne particulièrement). Le fait d'associer ce qu’il appréhende avec quelque chose de positif favorise la répétition de celle-ci plus facilement.


3. Maintenez une routine et mettez-lui des objectifs à court terme. Il est primordial de faire respecter à votre enfant une bonne hygiène de vie en respectant les horaires de coucher et de lever, des temps de scolaires, des temps de loisirs. Vous pouvez inclure un temps de sortie sur l’emploi du temps de votre enfant (cliquer ici).


4. Décidez quand. Choisissez un moment de la journée dans lequel il se sent moins anxieux. Certains enfants préfèrent sortir tôt dans la matinée ou tard dans la journée.


5. Partagez vos émotions. La peur est une émotion naturelle, ne vous inquiétez pas pour votre enfant. Essayez de parler avec votre enfant de ses émotions. Partagez-les avec lui, au calme et avec du recul. Vous pouvez aussi en parler en famille avec les autres frères et sœurs. De cette manière les enfants peuvent eux aussi se sentir autorisés à partager leurs émotions et vous pourrez trouver ensemble des solutions.


6. Attention aux ruminations négatives. Évitez d’alimenter les peurs et le sentiment d’insécurité.


7. Pratiquez avec votre enfant de la relaxation pour diminuer votre stress. Vous pouvez pratiquer avec lui des exercices de respiration, de méditation inspirée de la mindfulness ou de la cohérence cardiaque (cliquer ici).


8. Apprenez lui à gérer sa colère. Durant les sorties votre enfant peut vous faire remarquer que certaines personnes ne respectent pas les mesures barrières, cela peut créer un sentiment de frustration ou de colère, et diminuer les envies de sortir du domicile. Ce ressenti est cohérent, mais il est judicieux d’apprendre à mieux maîtriser sa colère (Cliquer ici). La majorité de la population respecte les consignes sanitaires. Évitez les lieux les plus fréquentés avec lui – au moins au début – car ensuite, il faudra s’exposer à ces lieux fréquentés.


9. Limitez l’exposition de votre enfant aux informations : nous avons insisté depuis le début du confinement, sur le caractère anxiogène d’une surexposition aux médias. Essayez de limiter l’exposition de votre enfant aux chaînes d’informations et réseaux sociaux.


10. Apprenez-lui à respecter les mesures barrières – sans zèle. Il est important de respecter le mieux possible les gestes barrières (lavage de main, port du masque, tousser dans son coude et la distanciation sociale). Cela contribue à nous donner une sensation de protection et sécurité. Mais attention à ne pas non plus transformer les mesures barrières en autant de mesure de privation de liberté. Les gants ne sont pas utiles, idem pour les masques FFP2. Pour les enfants de moins de 10 ans, le risque d’être infectés est très faible et le risque de transmettre la maladie est également minime. Dédramatisez le risque infectieux. Il faut respecter les mesures barrières mais avec raison.

Le syndrome de la cabane est donc un trouble de l’adaptation et dans la très grande majorité des cas est limité dans le temps et disparaît habituellement après quelques jours/semaines en s’exposant régulièrement et progressivement à ses peurs – et en reprenant progressivement ses habitudes d’avant le confinement. La reprise de l’école est un bon moyen de reprendre ses habitudes d’avant la crise sanitaire.

Si toutefois les symptômes perdurent ou sont très invalidants n’hésitez pas à consulter à votre médecin généraliste ou le pédiatre de votre enfant pour qu’ils puissent orienter votre enfant dans le réseau de soins à proximité de chez vous.

48 Boulevard Serurier, 75019  Paris

©2020 par Dr Benjamin Landman. Service de pédopsychiatrie, CHU Robert Debré.