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Programme d'entraînement aux habiletés parentales dans le TDA/H (modèle de Barkley): Séances 1 et 2

Séance 1 & 2 : comprendre ce qu’est le TDA/H & initier de nouvelles relations


Dr MC Saiag (Pédopsychiatre), V Pajot (Educatrice spécialisée), Dr E Khoury, Pr Richard Delorme, Dr E Acquaviva (Pédopsychiatres), Unité Spécialisée pour les enfants TDAH, Centre d’Excellence des Troubles du Neurodéveloppement, Hôpital R Debré, Paris

# Le Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H) est un trouble fréquent (3-5%) de l’enfant en population, dont les premiers symptômes émergent très précocement au cours du développement cognitif et affectif de ce dernier. C’est un trouble sévère en termes de retentissement sur le patient et sa famille. Ainsi, il est important de le prendre en charge rapidement.

# La méthode d'entraînement aux habiletés parentales – développée par Barkley il y a plus de 30 ans – a montré par de nombreuses études sont efficacité pour accompagner les patients et leur famille. Le programme comporte 10 étapes, chaque étape reposant sur la précédente. Nous vous conseillons de suivre l’ordre chronologique des séances.

# Bien évidemment ces fiches sont là pour vous accompagner dans une démarche d’initiation au programme d'entraînement aux habiletés parentales et ne remplaceront pas le rôle et la guidance du professionnel. Cependant, cela devrait vous permettre de vous initier aux stratégies de la méthode à la maison.



Séance 1 (partie A) : Qu’est-ce que le programme d'entraînement aux habiletés parentales de Barkley ?


# Ce programme, destiné spécifiquement à vous, parents d’enfants TDA/H, a pour objectif essentiel de vous aider à mieux comprendre le fonctionnement complexe de votre enfant et à mettre en place des stratégies qui permettront à long terme, un meilleur fonctionnement et une meilleure qualité de vie de la famille.

# Il s’agit, non pas d’un guide de recettes, mais d’un entrainement aux changements :

o Changement de votre compréhension du fonctionnement de votre enfant et de votre propre fonctionnement,

o Restauration de l’image que vous avez de vous et de votre enfant,

o Rétablissement des relations positives et de qualité avec lui

o Diminution de votre sentiment de détresse et de culpabilité,

o Mise en en place des stratégies de contrôle efficaces, cohérentes et adaptées au comportement de votre enfant et qui permettront de diminuer l’intensité des répercussions sur votre couple et votre famille.

# Le programme porte plus précisément sur les difficultés qu’a votre enfant à suivre les règles de la vie familiale, scolaire et sociale.


o Ces difficultés sont sous-tendues par des anomalies du fonctionnement du cerveau.

o Ces anomalies impactent essentiellement les fonctions du cerveau qui permettent d’exécuter les tâches complexes. On parle de tâches cognitives exécutives.

o Les fonctions exécutives sont les suivantes :

· La mémoire de travail : capacité à garder des informations visuelles ou auditives à l’esprit, sur un temps court, dans le but d’accomplir une tâche.

Par exemple vous vous dites que votre enfant oublie toujours tout lorsqu’il fait ses devoirs ou lorsqu’on lui demande des choses complexes.

· L’inhibition : capacité à contrôler ses impulsions, interrompre de manière appropriée un comportement au bon moment

Par exemple, vous percevez que votre enfant fait ou dit des choses sans réfléchir – ou en ne réfléchissant qu’après

· La flexibilité : capacité à changer d’activités ou passer d’un aspect d’un problème à un autre, en fonction des exigences de la situation.

Par exemple, vous le trouvez un peu rigide en ce sens qu’il ne veut pas passer facilement d’une activité.

· La planification : capacité à anticiper, se fixer des objectifs et mettre en place des actions appropriées pour mener à bien une tâche.

Par exemple, lorsqu’il doit prévoir le déroulement de sa journée, savoir à quelle heure il devrait se lever, se préparer et prendre son petit déjeuner, pour ne pas être en retard pour l’école.

· L’organisation : capacité à mener à bien une action de façon systématique, ou comprendre et communiquer des idées de façon claire.

Par exemple, lorsqu’il doit résoudre un problème complexe, il se perd dans son raisonnement de même au cours d’une conversation complexe.

· L’attention : c’est un processus qui permet de se concentrer sur une tâche particulière sans se laisser distraire.

Les ressources attentionnelles sont comparables à l’essence dans une voiture, elles sont indispensables pour le bon fonctionnement de notre cerveau.

o En pratique, ces fonctions exécutives sont essentielles surtout dans des situations de nouveauté ou de résolution de problèmes. Typiquement, chez l’enfant, les situations d’apprentissage.


Séance 1 (partie B) : Quelques informations clés sur le TDA/H que vous devez connaitre

Le TDA/H est un trouble fréquent, souvent chronique et parfois intense, dont les causes impliquent des déterminants multiples (parfois associés – parfois isolés) entre facteurs génétiques et facteurs environnementaux précoces. Ces facteurs semblent affecter le développement du cerveau probablement pendant la vie intra utérine et/ou pendant les premières années de vie. Ainsi, le TDA/H est aujourd’hui classé parmi les troubles dits neurodéveloppementaux.

Le contexte familial et éducatif n’est pas la cause du TDA/H mais a un rôle - dans une proportion que l’on connaît mal - dans son expression et son pronostic.


# Symptômes principaux du TDA/H :

• Le TDA/H est un déficit spécifique de l’attention chez l’enfant.

• Trouble caractérisé par des difficultés attentionnelles +/- une hyperactivité avec impulsivité cognitive (agit avant de réfléchir), verbale (parle avant de réfléchir), motrice (touche à tout sans estimer le danger).

• S’inscrivant souvent dans le cadre d’un trouble des fonctions exécutives.

• On retrouve fréquemment des perturbations émotionnelles : votre enfant peut surréagir à certains événements, ou alterner rapidement entre joie, tristesse et irritabilité.

# Prévalence, sexe, âge de début :

• Le TDA/H affecte en moyenne 3-5% des enfants et adolescents de la population générale, soit près d’un enfant par classe.

• Il serait 2 à 4 fois plus fréquent chez les garçons, mais il est à noter que les présentations inattentives sans hyperactivité sont plus fréquentes chez les filles (et souvent plus difficiles à diagnostiquer).

• Les premiers signes apparaissent assez tôt dans le développent (vers l’âge de 24 mois) mais sont très peu spécifiques. En pratique, pour retenir le diagnostic de TDA/H, les premiers signes doivent avoir été évident avant l’âge de 12 ans.

# Autres troubles neurodéveloppementaux associés (appelés aussi comorbidités)

33% des enfants avec TDA/H ont un autre trouble neurodéveloppemental associé, 18% en présentent deux et 16% en présentent trois :

• Troubles du langage et des apprentissages, trouble développemental des coordinations, tics, trouble obsessionnel compulsif, trouble du spectre de l’autisme, trouble oppositionnel avec provocation, trouble des conduites, troubles du sommeil, dépression, troubles anxieux…

# Évolution au cours de l’enfance et de la vie adulte :

Le TDA/H étant une pathologie neurodéveloppementale, elle s’exprime très tôt dans le développement dans l’enfant

Avant l’âge de 5 ans : les parents décrivent parfois des bébés « difficiles », agités dès la naissance, dormant peu ou ayant un sommeil agité, sujets à des accidents domestiques et des crises de colères, épuisant parents, nounou, ou personnel de crèche…

Enfants d’âge scolaire : difficultés à se concentrer en classe, difficultés dans les apprentissages, impulsivité, agitation, difficultés à tenir en place et à se mettre au travail, oublis fréquents, pertes d’effets personnels, troubles du comportement…

Adolescents : persistance des difficultés attentionnelles, diminution de l’hyperactivité et des troubles du comportement, remplacés par un sentiment d’agitation interne, difficultés à s’organiser, risque de consommation de tabac

Adultes : peu ou pas d’hyperactivité et d’impulsivité, le TDA/H persiste souvent sous forme d’un sentiment d’impatience, persistance des difficultés attentionnelles, risque augmenté d’avoir un trouble psychiatrique associé (troubles anxieux, troubles dépressifs, mésusage de substances…).



# Autres difficultés impliquées dans le TDA/H :

· Trouble des fonctions exécutives (cf. supra).

· Difficultés dans la prise de décision et la motivation : préférence pour les récompenses immédiates avec difficultés à différer une récompense dans le temps , difficultés pour attendre

ceci explique pourquoi les symptômes sont plus manifestes sur les tâches longues et répétitives avec faible niveau de stimulation/motivation.

· Difficultés dans le repérage dans le temps

· Difficultés de focalisation : ‘Errance mentale’ excessive lors des tâches cognitives orientées vers un but. Il y a une activation aberrante de ce qu’on appelle le réseau cérébral de mode par défaut.

· Difficultés d’interactions sociales malgré la volonté d’aller vers les autres,par l’inattention vis-à-vis des indices sociaux ou les difficultés à suivre le rythme des autres.

# Anomalies neuroanatomiques associées

• Nous savons aujourd’hui que les perturbations cérébrales dans le TDA/H sont complexes, incluant non pas uniquement des régions cérébrales particulières mais de réseaux cérébraux plus profonds (appelés les boucles cortico-striato-thalamo-corticales) mettant en interaction ces régions

• L’amélioration des symptômes du TDA/H avec l’âge semble associée à un rattrapage du retard de maturation de ces régions à l’âge adulte.

# Déterminants biologiques et environnementaux :

• Le TDA/H est lié à des facteurs génétiques et environnementaux, pouvant avoir un impact sur le développement de l’attention.

Forte héritabilité (= composante génétique) = 70-80%. Il s’agit rarement d’un seul gène transmis par l’un des parents. On retrouve le plus souvent plusieurs modifications génétiques dont les effets peuvent se cumuler, retrouvées également chez les parents ou apparaissant nouvellement au stade d’embryon.

Facteurs environnementaux précoces = 20-30%, survenant pendant la grossesse ou autour de l’accouchement. Il s’agit de risques faibles mais qui peuvent s’accumuler, entrainant un surrisque important : par exemple le tabagisme ou la prise d’alcool durant la grossesse, l’exposition à d’autres médicaments ou substances, le stress maternel, obésité ou diabète pendant la grossesse, bas poids de naissance, prématurité.



Séance 2 : Rétablir la communication avec votre enfant : comment créer des « moments spéciaux » et agréables avec lui


Lors de cette séance, l’objectif est d’apprendre à rétablir un mode d’interaction positif avec votre enfant. Souvent quand on a un enfant qui a un TDA/H la situation à la maison ou à l’école est difficile. Ainsi rétablir des interactions positives, sans conflits est important.

Cela peut paraître simple, mais cette étape est très importante pour vous et pour votre enfant afin de restaurer une dynamique positive pour lui, pour vous et ultérieurement utiliser cette technique pour aider votre enfant à suivre les règles de la vie familiale.


Les 10 règles d’or pour y arriver:


1 -Trouvez, chaque jour, un moment où votre enfant semble prendre plaisir à jouer, discuter, et essayez de prendre du temps sur votre emploi du temps pour le passer à lui. Il est important d’instaurer des moments d’échanges positifs réguliers, sinon les interactions se résumeront rapidement aux seuls moments de conflits.

2- Faites-en des temps privilégiés. L’exclusivité est importante, aucun autre enfant ne doit être impliqué. Vous pouvez demander à votre conjoint de surveiller la fratrie ou choisissez un moment où elle ne risque pas de vous interrompre.

3- Laissez votre enfant prendre les devants. Approchez-vous de votre enfant et demandez-lui ce qu’il aimerait faire. C’est lui qui choisit l’activité qui lui plaît. Essayez de ne pas être trop dirigiste, laissez-lui le contrôle de la situation – dans des limites qui vous conviennent.

4- Essayez de vous détendre. Regardez-le pendant quelques minutes puis joignez-vous à lui quand cela vous semble approprié. N’essayez pas de mettre en place ces moments lorsque vous êtes préoccupé(e) ou pris(e) par autre chose. La qualité de l’attention que vous lui porteriez risquerait d’être moins bonne.

5- Commencez par vous intéresser à ce qu’il est en train de faire : observez, décrivez ou commentez. Cela montrera à votre enfant que vous vous intéressez à lui et que vous lui prêtez attention.

6- Evitez de parler de sujets qui fâchent ou d’école par exemple. C’est un temps spécial que vous lui consacrez, voué à être agréable, appréciable et partagé.

7- Essayez de le féliciter, restez positif dans les moments de jeu. Valorisez ce que vous aimez dans sa façon d’être, de se comporter. Faites-lui remarquer ses qualités, ses atouts, en restant précis et honnête (ex : « j’aime jouer avec toi, cela me fait plaisir de passer ce temps avec toi », « tu es très bon à ces jeux d’adresse »).

8- Essayez d’ignorer les comportements qui posent problème. Inutile de le reprendre systématiquement, en parasitant votre temps de plaisir. Si ces comportements persistent ou se majorent, dites-lui que ce moment est terminé, que vous reviendrez quand il se comportera de façon agréable et quittez la pièce calmement.

9- Essayez autant que possible de consacrer 10 à 20 minutes à ces moments de façon quotidienne.

10- Ne vous découragez pas. Ce programme est facile à lire, mais, il n’est pas toujours facile à appliquer. Beaucoup de parents font des erreurs en donnant trop d’ordres, en posant trop de questions, surtout, en donnant trop peu de commentaires positifs à leur enfant. Ne vous inquiétez pas de telles erreurs et essayez d’améliorer la fois. Il est recommandé de poursuivre aussi longtemps que possible ces moments privilégiés, en les inscrivant dans votre routine de vie de famille et en les généralisant à l’ensemble de la fratrie.


N’oubliez pas :

1- Exprimez votre approbation, votre satisfaction aussi fréquemment que possible et de façon immédiate. N’attendez pas !

2- Soyez toujours précis(e) et honnête dans l’expression de votre satisfaction ou de vote fierté.

3- Ne donnez jamais des demi-compliments comme « j’aime bien lorsque tu es calme et souriant, mais pourquoi ne l’es-tu pas tous les jours ? ». Cela amoindri l’effet recherché voire est totalement contre-productif.


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48 Boulevard Serurier, 75019  Paris

©2020 par Dr Benjamin Landman. Service de pédopsychiatrie, CHU Robert Debré.