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Réactions normales de stress de l’enfant face au COVID19 - Conseils pour y faire face

Mis à jour : avr. 2

Pr R. Delorme, Dr E. Barron, Dr A. Hubert, Dr E. Stantiford – Service de Psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent Hôpital Robert Debré – adaptation de SAMSAH Talking With Children: Tips for Caregivers, Parents, and Teachers During Infectious Disease Outbreaks


Ce que vous devez savoir

Lorsque les enfants et les jeunes regardent les informations à la télévision sur l’épidémie à COVID-19, lisent les nouvelles ou entendent d'autres personnes en parler, ils peuvent se sentir effrayés, confus ou anxieux - autant que les adultes. Les jeunes ne réagissent pas à l'anxiété et au stress de la même manière que les adultes. Certains peuvent réagir immédiatement ; d'autres peuvent montrer des signes plus tardivement. Ainsi, les adultes ne savent pas toujours quand un enfant a besoin d'aide.

Réactions possibles à une épidémie de maladie infectieuse

Bon nombre des réactions mentionnées ci-dessous sont normales lorsque les enfants et les jeunes font face au stress. Si l'un de ces comportements dure plus de 2 à 4 semaines, ou s'ils apparaissent soudainement plus tard, les enfants peuvent avoir besoin d'une aide supplémentaire pour y faire face.

# ENFANTS D'ÂGE PRÉSCOLAIRE, 0-5 ANS

Les très jeunes enfants peuvent exprimer leur anxiété et leur stress en recommençant à sucer leur pouce ou à mouiller leur lit le soir. Ils peuvent avoir peur de la maladie, des étrangers, de l'obscurité ou des monstres. Il est assez fréquent que les enfants d'âge préscolaire deviennent collants avec un parent, une personne qui s'occupe d'eux ou un enseignant, ou qu'ils veuillent rester dans un endroit où ils se sentent en sécurité. Ils peuvent exprimer leur compréhension de l'épidémie à plusieurs reprises dans leurs jeux ou raconter des histoires à ce sujet. Les habitudes alimentaires et de sommeil des enfants peuvent changer. Ils peuvent également avoir des douleurs qui ne peuvent pas être expliquées. Les autres symptômes à surveiller sont un comportement agressif ou replié sur soi-même, une hyperactivité, des difficultés d'élocution et de la désobéissance.

  • Les nourrissons et les enfants de 0 à 2 ans ne peuvent pas comprendre que quelque chose de mal se passe dans le monde, mais ils savent quand la personne qui s’occupe d’eux est bouleversée. Ils peuvent commencer à manifester les mêmes émotions que leurs parents, ou bien ils peuvent agir différemment, comme pleurer sans raison ou se tenir à l’écart des gens et ne pas jouer avec leurs jouets.

  • Les enfants de 3 à 5 ans peuvent être en mesure de comprendre les effets d'une épidémie. S'ils sont très bouleversés par la nouvelle de l'épidémie, ils peuvent avoir des difficultés à s'adapter aux changements, aux éventuelles pertes. Ils dépendent des adultes, de leur entourage pour les aider à se sentir mieux.

# DE LA PETITE ENFANCE À L'ADOLESCENCE, 6-19 ANS

Les enfants et les jeunes de cette tranche d'âge peuvent avoir des réactions similaires à celles décrites ci-dessus. Souvent, les jeunes enfants de cette tranche d'âge souhaitent que leurs parents ou les personnes qui s'occupent d'eux leur accordent beaucoup plus d'attention. Ils peuvent cesser de faire leurs travaux scolaires ou leurs tâches ménagères. Certains jeunes peuvent se sentir impuissants et coupables parce qu'ils se trouvent dans une région de France qui est moins touchée par l'épidémie.

  • Les enfants, âgés de 6 à 10 ans, peuvent être triste de ne plus aller à l’école et de ne plus passer de temps avec leurs amis. Ils peuvent avoir du mal à être attentifs. Certains peuvent devenir agressifs sans raison précise. Ils peuvent avoir des comportements régressifs (demandant à être nourris ou habillés par leur parent).

  • Les jeunes et les adolescents, âgés de 11 à 19 ans, connaissent de nombreux changements physiques et émotionnels en raison de leur stade de développement. Il peut donc être encore plus difficile pour eux de faire face à l'anxiété qui peut être associée à l'écoute et à la lecture des nouvelles d'une épidémie. Les adolescents plus âgés peuvent nier leurs réactions envers eux-mêmes et leurs parents. Ils peuvent répondre par un "je vais bien" de routine ou même par le silence lorsqu'ils sont bouleversés. Ils peuvent aussi se plaindre de douleurs physiques parce qu'ils ne peuvent pas identifier ce qui les dérange vraiment sur le plan émotionnel. Ils peuvent également ressentir certains symptômes physiques en raison de l'anxiété suscitée par l'épidémie. Certains peuvent commencer à se disputer à la maison, entrer en conflit face à l’autorité.

Comment les parents et les soignants peuvent aider les enfants à gérer leurs réactions lors de cette épidémie à COVID-19

Avec le soutien adéquat des adultes qui les entourent, les enfants et les jeunes peuvent gérer leur stress en réponse à l’épidémie à COVID-19 et prendre des mesures pour se maintenir en bonne santé psychique et physique. Les moyens les plus importants pour aider, sont de s'assurer que les enfants se sentent considérés, aimés et pris en charge.

  • Soyez attentifs et à l'écoute. Les parents et les autres personnes qui s'occupent des enfants peuvent les aider à exprimer leurs émotions par la conversation, l’écriture, le dessin, le jeu ou le chant. La plupart des enfants veulent parler des choses qui les rendent anxieux ou stressés - alors laissez-les faire. Acceptez et dites-leur qu'il est normal de se sentir triste, bouleversé, ou stressé. Pleurer est souvent un moyen de soulager le stress et le chagrin.

  • Permettez-leur de poser des questions. Demandez à vos adolescents ce qu'ils savent de l'épidémie. Qu'ont-ils entendu à l'école ou que voient-ils à la télévision ? Essayez de regarder les informations à la télévision ou sur Internet avec eux. Limitez également l'accès à ces informations afin qu'ils ne soient pas surexposés a des messages anxiogènes sur l'épidémie. Ne laissez pas la discussion sur l'épidémie COVID-19 prendre le dessus sur les discussions en famille.

  • Encouragez les activités positives. Les adultes peuvent aider les enfants et les jeunes à voir le côté positif qui peut sortir d'une épidémie. Des actions héroïques, les familles et les amis qui aident ou travaillent en réponse à l'épidémie, et les personnes qui respectent les mesures de sécurité, mêmes simples (respect distanciation sociale, lavages de mains…) pour empêcher la propagation de tous les types de maladies sont des exemples. Les enfants peuvent mieux faire face à une épidémie en aidant les autres. Ils peuvent écrire des lettres d'affection à ceux qui ont été malades ou aux membres de la famille perdus pour cause de maladie.

  • Les adultes peuvent montrer aux enfants et aux jeunes comment prendre soin d'eux-mêmes par exemple établir des routines, manger sainement, respecter ses heures de sommeil, faire de l'exercice adapté au confinement et prendre de grandes respirations pour gérer le stress. Si vous êtes en bonne santé physique et psychique, vous êtes plus susceptibles d'être facilement disponibles pour soutenir les enfants dont vous vous occupez. Si ce n’est pas le cas, ne sous estimez pas vos ressources. Vos enfants sauront trouvez auprès de vous de l’énergie et de réassurance, même si vous vous sentez démunie.

Conseils pour parler avec vos enfants durant l’infection à COVID-19 pour les aider à gérer leur stress

UNE NOTE DE PRUDENCE ! Veillez à ne pas pousser les enfants à parler de l’épidémie à COVID-19 ou à participer à des activités d'expression. Si la plupart des enfants parlent facilement de l'épidémie, certains peuvent avoir peur. Certains peuvent même ressentir plus d'anxiété et de stress s'ils en parlent, s'ils écoutent les autres en parler ou s'ils regardent des dessins liés à l'épidémie. Permettez aux enfants de se retirer de ces activités et surveillez-les pour déceler tout signe de détresse.

# LES ENFANTS D'ÂGE PRÉSCOLAIRE, DE 0 À 5 ANS

  • Donnez à ces très jeunes enfants beaucoup de soutien émotionnel et verbal.

  • Mettez-vous à la hauteur de leurs yeux et parlez d'une voix calme et douce en utilisant des mots qu'ils peuvent comprendre.

  • Dites-leur que vous vous occupez toujours d'eux et que vous continuerez à le faire pour qu'ils se sentent en sécurité.

  • Gardez une routine normale, par exemple en dînant ensemble et en ayant une heure de coucher régulière.

# DE LA PETITE ENFANCE À L'ADOLESCENCE, 6-19 ANS

  • Demandez à votre enfant ce qui les préoccupe et ce que vous pourriez faire pour l’aider

  • Réconfortez-le avec des mots doux ou simplement en étant présent avec eux.

  • Passez plus de temps avec votre enfant que d'habitude, même pour une courte période.

  • Si votre enfant est très angoissé, il faut prendre contact avec une psychologue pour faire une visio-conférence. Il y a beaucoup de psychologues qui en ce moment sont disponibles pour vous aider via un appel téléphonique ou une viso-conférence

  • Encouragez les enfants à avoir des moments de tranquillité ou à exprimer leurs sentiments par l'écriture ou l'art.

Pour plus de ressource consulter les fiches sur l'opposition et le trouble anxieux.

48 Boulevard Serurier, 75019  Paris

©2020 par Dr Benjamin Landman. Service de pédopsychiatrie, CHU Robert Debré.