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Stimuler la communication de mon enfant lorsque celui-ci a peu ou pas de langage oral

Mis à jour : avr. 21

Celine Bestoso, Claire-Marie Courbin, Oriane Graciano, Bérengère Marais, Dr Anna Maruani, Hoang-Thi Nguyen, Mathilde Petit, Sophie Ripoll, Centre d’excellence autisme et troubles neuro-développementaux, Hôpital Robert Debré, Paris


En cette période de confinement, les séances d’orthophonie sont suspendues et vous souhaitez continuer à stimuler les compétences de communication de votre enfant ayant des difficultés d’interactions sociales.

Sachez que vous faites déjà beaucoup au quotidien, sans même vous en rendre compte.

C’est en premier lieu grâce à vous que votre enfant progresse car vous êtes son partenaire privilégié de communication.

Dans cette fiche, nous allons lister les activités de la vie quotidienne, et tout ce que ce qu’elles permettent en terme de communication : vous vous rendrez compte de tout ce que vous faites naturellement ! Ce document a pour objectif d’étayer, de structurer, d’ajuster et d’enrichir ce que vous faites déjà. Il n’est pas nécessaire de racheter du matériel ou de modifier vos habitudes.

Ce document propose des idées pour stimuler la communication et le langage, ainsi que l’utilisation des moyens de communication alternatifs (PECS, Makaton par exemple).

Vous trouverez des exemples pratiques en première partie, puis un rappel des termes techniques.


Ce que je peux faire si mon enfant utilise un moyen de

communication de type PECS


Je peux renforcer son utilisation dans les situations qui me semblent possibles. Si je ne le fais pas tout le temps ce n’est pas grave. L’important c’est de s’y consacrer ne serait-ce que 15 minutes selon les procédures apprises avec les professionnels. Je n’hésite pas à les contacter en cas de besoin. En l’absence de séance, la progression dans les étapes de ce type de moyen de communication sera limitée mais je peux en tout cas consolider ce que je sais déjà faire avec les outils qui ont été utilisés. Je peux reproduire les mêmes procédures sur de nouveaux renforçateurs.

Dans le cas où mon enfant débute le PECS, le professionnel commence à peine à l’introduire et je ne sais pas comment l’utiliser à la maison. Je peux alors lui demander des conseils afin d’avoir des indications plus précises. Même si je ne peux pas mettre en place immédiatement le PECS je vais pouvoir continuer à stimuler la communication dans toutes les situations quotidiennes.

En période de confinement, je privilégie les moments de jeux et je réduis mes exigences afin de limiter les difficultés comportementales (cf fiche auto stimulation) et ma propre fatigue !




Ce que je peux faire si mon enfant utilise le Makaton



Dans le cas où mon orthophoniste a introduit l'utilisation des gestes Makaton, je renforce ce qui a été présenté. Je peux enrichir mon stock de gestes de mon côté dans le but de soutenir la compréhension. Si les séances se poursuivent en visio, je vois avec mon orthophoniste directement pour la progression.

Dans tous les cas, quel que soit son mode de communication, je peux aider mon enfant à comprendre le dérouler de la journée avec des supports visuels. Il n’est pas nécessaire de mettre en place “un temps de rééducation” pour remplacer la séance d’orthophonie manquante. Je consolide plutôt les moments d’interaction sur les temps routiniers.


Ce que je peux faire pour soutenir la communication et

le langage au moment du réveil




Je peux ici utiliser des plannings visuels de type séquences : (fiche gestion de l’espace) permettant de soutenir la compréhension verbale de mon enfant. Il est recommandé d’utiliser toujours les mêmes phrases en lien avec l’activité en suivant le planning visuel. Mon enfant apprend ici à respecter les routines du matin : cela peut aider à limiter les crises et les débordements. Voici une séquence du matin qu’un parent a créée et que je peux reprendre et adapter. Au réveil, à chaque étape je peux accompagner verbalement mon enfant :




Un temps agréable peut être octroyé à mon enfant à la fin d’une étape clé.

Ce que je peux faire pour soutenir la communication et le langage au

moment des activités scolaires

Afin d’aider mon enfant à se projeter sur les activités scolaires, je m’appuie à nouveau sur le planning visuel. Sur celui-ci, outre ce qui lui est demandé de faire, je peux ajouter une colonne pour l’aider à exprimer ce qu’il ressent par rapport à cette activité, à savoir si elle est facile, difficile, s’il l’aime ou pas.


Voici un exemple de planning que je peux mettre en place :


Voici le contrat une fois rempli:



Ce que je peux faire pour soutenir la communication et

le langage au cours des repas

Le moment de repas permet de stimuler l’attention conjointe de mon enfant en l’installant par exemple en face de moi et en mettant la nourriture entre nous.

Il permet d’augmenter le répertoire de demandes verbales de mon enfant (avec le classeur PECS, Makaton ou autre) par exemple :

● Je peux l’aider à faire des choix au moment du dessert ou du goûter : je lui présente deux aliments et il doit choisir celui qu’il souhaite en pointant, en regardant dans la direction de l’aliment cible, en utilisant son PECS ou en répondant verbalement. Je prends plus de temps que d’habitude dans cette situation.



● Je peux lui demander directement ce qu’il veut manger, pour qu’il puisse me répondre « je veux manger… ». Dans cette situation, je peux aider mon enfant à évoquer ce qui est absent en présentant des photos des plats car ils ne sont pas encore cuisinés.

● C’est aussi le moment où je peux le laisser s’exprimer sur ses goûts et soutenir sa compréhension orale : est-ce que c’est bon ? Qu’est-ce que tu préfères?

Je n’attends pas forcément que mon enfant réponde verbalement, son comportement m’indiquera s’il apprécie ou non le repas. Je peux alors verbaliser pour lui. Dans le cas où il mange avec plaisir : “Hum, c’est bon !”. S’il rejette l’aliment : “Tu n’en veux pas, tu n’aimes pas”.



Ce que je peux faire pour soutenir la communication et le langage pendant le bain


C’est un moment de plaisir partagé où je peux jouer et échanger avec mon enfant. Cela stimule plusieurs pré-requis à la communication comme le regard, l’imitation, l’attention conjointe, le jeu de faire semblant…

De même que pour la situation du réveil, les séquences de la douche peuvent être illustrées par un planning visuel (se déshabiller, se mettre dans le bain, moment de jeu, se laver, se rincer, se sécher, se mettre en pyjama, se brosser les dents). Cette séquence peut être accompagnée de phrases ritualisées qui permettent à mon enfant de renforcer sa compréhension orale.

Voici une séquence réalisée par un parent, que je peux adapter et utiliser.




C’est un moment où je peux faire des actions et mon enfant peut m’imiter. Je peux aussi les nommer, ce qui développe le champ sémantique du bain et du corps (le vocabulaire spécifique).

Je peux guider mon enfant physiquement à se savonner les différentes parties du corps ou par imitation, puis dans un second temps, il le fera seul avec une aide gestuelle (je pointe les parties du corps cibles tout en verbalisant). J’accompagne chaque étape avec une phrase. Les phrases permettent à mon enfant d’associer les parties du corps et leurs noms.

Voici une fiche séquence pour le bain qui peut être plastifiée et collée au mur.





1 : J’étale le savon sur le torse

2 : j’étale le savon sur les aisselles

3 : j’étale le savon sur le bras gauche puis le bras droit etc.

Une fois que les étapes sont apprises, vous pouvez cibler la compréhension verbale en modifiant les étapes. Ceci pourra être fait sous forme de jeu à la manière de Jacques a dit : “Jacques a dit il faut se savonner le bras gauche !”.

Si je n’ai pas le temps, cette fiche servira d’aide visuelle à mon enfant pour qu’il apprenne à se savonner seul.

Cette progression dans l’apprentissage peut être utilisée pour différentes activités : par exemple aider à mettre la table, ranger le linge, faire une recette de cuisine.


Ce que je peux faire pour soutenir la communication et

le langage au moment du coucher

Dans cette situation, je peux encore utiliser un planning visuel comme pour les situations précédentes pour enrichir la compréhension orale, favoriser les transitions et anticiper les actions du quotidien.


Voici une séquence type:



Je range les jeux/Je prends mon médicament du soir/Je vais lire un livre /Je vais me coucher


● Dans la routine du soir je peux proposer une histoire avec un livre :


Cela permet une transition vers le sommeil. Je peux laisser le choix du livre à mon enfant même s’il choisit toujours le même.

Le fait de proposer un livre qu’il connaît bien renforce ses connaissances lexicales et syntaxiques. Je stimule alors l’attention conjointe autour d’un livre apprécié : nous regardons et commentons ensemble les images.

Il peut prendre du plaisir à compléter des phrases ou même les dire lui-même de mémoire.

Je n’hésite pas à ajouter des bruitages, à jouer sur les voix des personnages ou à rajouter des gestes pour rendre ce moment plus amusant.

● Je peux aussi instaurer un moment où nous évoquons tout ce qui a été fait dans la journée avec le soutien d’images ou de pictogrammes déjà utilisés dans la journée. Je donne à mon enfant la possibilité de verbaliser ou de répéter mes phrases sans exiger de lui une bonne articulation ou une bonne syntaxe. Ce qui est important ici est l’attention conjointe et le plaisir partagé.

D’abord je peux être la personne qui raconte : je donne un modèle à mon enfant en utilisant des phrases adaptées à son niveau de langage (cela peut aller du mot isolé à une petite phrase de 3-4 mots) en réutilisant de préférence des mots déjà vus dans la journée pour l’aider à les apprendre.

Puis je propose à mon enfant de raconter avec moi, éventuellement en posant des petites questions.


Ce que je peux faire pour soutenir la communication et

le langage pendant les situations de jeu



Quand le moment me semble propice, ou après des activités académiques et scolaires, je peux proposer un moment de jeu libre. Mon enfant peut jouer seul, avec sa fratrie, ou avec moi. Je peux proposer les jeux qui plaisent à mon enfant et que je possède à la maison. Les jeux sont un média essentiel à la communication et développent diverses compétences.

Les premiers jeux doivent être centrés sur les intérêts de mon enfant. Il n’est pas important de respecter des règles. Par exemple, s’il est attiré par les cartes du Uno, notamment par les couleurs ou par les chiffres, on le laissera les manipuler, les trier, les dénommer sans se soucier de lui apprendre les règles conventionnelles.

Tous les jeux symboliques comme la dinette, la marchande, le docteur ou les jeux avec les poupées sont intéressants aussi pour le développement de mon enfant. Je peux lire la fiche “Comment stimuler mon enfant de moins de 2 ans pendant le confinement”.

Quand mon enfant joue seul cela stimule aussi sa créativité et son imagination. Pour en savoir plus sur les jeux sur tablette et téléphone je peux consulter la fiche “gérer les écrans en temps de confinement”.

A propos des jeux entre frères et soeurs, qui sont des moments importants pour développer sa communication vous pouvez vous reporter à la fiche “Interactions dans la fratrie”.




Ressources

● Une formation en ligne pour les parents (en anglais) https://helpisinyourhands.org

48 Boulevard Serurier, 75019  Paris

©2020 par Dr Benjamin Landman. Service de pédopsychiatrie, CHU Robert Debré.