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TSA: Trois stratégies pour stimuler la communication et la pragmatique du langage chez mon enfant.

Celine Bestoso, Claire-Marie Courbin, Oriane Graciano, Bérengère Marais, Dr Anna Maruani, Hoang-Thi Nguyen, Mathilde Petit, Sophie Ripoll, Centre d’excellence autisme et troubles neuro-développementaux, Hôpital Robert Debré, Paris

Cela peut paraître complexe, mais ce que nous appelons la pragmatique du langage signifie l’utilisation du langage dans un contexte spécifique.

Par exemple, on utilise un vocabulaire et un comportement différents selon le lieu et la personne à qui on s’adresse : par exemple mon enfant ne s’adresse pas de la même façon aux professeurs à l’école ou à son frère à la maison.

Pendant la période de confinement mon enfant sera moins exposé à des situations différentes et va utiliser plus souvent le même langage : celui du quotidien avec des personnes familières.

Les enfants et adolescents présentant un trouble du spectre autistique rencontrent principalement des difficultés dans les aspects pragmatiques du langage, c’est-à-dire pour communiquer.

Voici 3 stratégies - très simples - pour stimuler la communication et la pragmatique du langage chez votre enfant durant le confinement. A la fin de cette fiche vous trouverez un lexique qui vous permettra de mieux comprendre les difficultés langagières de votre enfant. Cela vous aidera dans le quotidien à mieux le comprendre.


Stratégie 1 : Soutenir les compétences pragmatiques pendant les appels à la famille et aux amis


J’encourage mon enfant à participer aux appels que je passe dans la sphère familiale : il est présent dans la pièce, il peut venir saluer et dire au revoir, il prend part à la conversation même un court instant. Je laisse aussi mon interlocuteur s’adresser directement à mon enfant.

● Je peux organiser des appels téléphoniques ou en vidéo auprès de ses copains : je lui propose de réfléchir à des sujets de conversations en lien avec la situation “comment ça se passe chez toi?” “Est-ce que tu as des devoirs ?” “qu’est-ce que tu regardes à la TV ?”

Le fait de voir l’interlocuteur à travers un écran maintient d’autres compétences pragmatiques, comme le regard, les mimiques, etc.

● Je peux également l’encourager et l’aider à envoyer des mails ou des sms aux personnes de son choix : les copains, les proches, les thérapeutes. N’oublions pas les lettres manuscrites !


Stratégie 2 : soutenir les compétences pragmatiques pendant les jeux

Pendant le confinement les jeux sont de bons moyens de passer des moments joyeux ensemble. Les jeux que nous proposons ici pourront permettre de travailler plus particulièrement la pragmatique. Par exemple vous pouvez proposer :

Les jeux de plateau : Jeu de l’oie®, Monopoly®, La bonne paye®, Croc-carotte®, Lynx®, etc.

Les jeux de cartes : Uno®, bataille, Dobble®, memory, domino, loto, etc.

Jeux de rôles : jouer soi-même ou avec des figurines/Playmobil/peluches des petites scènes du quotidien. Exemple : au téléphone prendre RDV chez le docteur, acheter du pain, jouer au parc, offrir un cadeau. Je peux anticiper et préparer des situations auxquelles mon enfant sera confronté après le confinement.

Jeu du miroir : en face à face un joueur fait des gestes, l’autre joueur reproduit la même chose comme un effet miroir.

Jeu de devinettes : je choisis dans ma tête un animal, une personne ou un objet et mon enfant doit me poser des questions pour deviner ce que c’est : “est-ce que c’est un animal ?” “est-ce qu’il vit dans l’eau ?”. Je réponds par oui ou par non. Ensuite on peut inverser et c’est mon enfant qui choisit quelque chose à me faire deviner. Une variante : le jeu du post-it. Je colle un mot ou une image sur mon front et je dois poser des questions aux autres pour deviner qui je suis. “Est-ce que je suis une personne célèbre ?”.

Jeu de mimes : je peux utiliser le Time’s up®, ou mimer des animaux, des métiers, des émotions.

Jeu de type Qui est-ce?®. Il existe beaucoup de versions imprimables gratuitement : cliquer ici & ici

Jeu du « ni oui ni non » : un joueur pose des questions, l’autre ne doit pas répondre par oui ou par non.

Jeu type « Taboo® » : faire deviner un mot tout en évitant de dire les mots interdits.

Les jeux peuvent générer des émotions fortes et mon enfant apprendra à réguler ses émotions en ma présence et avec mon soutien. Ce sont des moments où mon enfant apprend à gagner et à perdre (compétences essentielles dans le groupe). Dans ces moments je peux l’aider en décrivant ce qu’il ressent : “tu es content, bravo” “oh tu es triste parce que tu as perdu, je te comprends”.



Stratégie 3 : Favoriser échanges verbaux durant les conversations au quotidien

Après chaque “activité” ou en fin de journée je peux proposer à mon enfant de :

● Raconter, résumer un film, une histoire (vraie ou inventée)

● Argumenter ensemble, faire des débats «pour ou contre», «j’aime/j’aime pas» et dire pourquoi.

● Exprimer ses émotions, ses états d’âmes, demander à mon enfant ce qu’il ressent par exemple en lui demandant : Dis-moi une chose qui t’a fâchée aujourd’hui ? Quel a été ton moment préféré de la journée ? Qu’est-ce qui t’a fait rire/sourire/pleurer aujourd’hui ? Qu’est-ce qui t’a rendu triste ?

● Je n’hésite pas à utiliser un langage imagé, à utiliser des expressions, à faire des blagues ou des jeux de mots à mon enfant. Je les lui explique.



Lexique : comprendre la diversité des difficultés de son enfant

Comprendre le langage élaboré

La compréhension du langage élaboré peut être problématique pour les enfants et adolescents présentant un TSA. Le langage élaboré concerne : l’implicite, la polysémie (un mot peut avoir différentes significations, par exemple, bateau qui peut signifier le navire mais aussi c’est facile dans l’expression “c’est bateau”), le langage imagé, l’humour, le second degré et l’ironie.

La reconnaissance et l’expression des émotions

Une bonne reconnaissance des émotions (chez soi ou chez l’autre) permet de s’ajuster, de réguler l’échange et de comprendre les intentions de l’autre.

Une personne avec autisme présente souvent des difficultés d’identification et de reconnaissance des émotions, chez soi comme chez l’autre. Elle peut alors passer pour insolente, impolie, et ne pas se rendre compte qu’elle peut agacer ou vexer.

La régie de l’échange

La régie de l’échange regroupe toutes les règles conversationnelles : les tours de paroles, les règles de conversation (initier, maintenir, clore un échange), l’adaptation au contexte et à son interlocuteur. Chez les tout-venants, ces règles s’apprennent le plus souvent par imitation, et de façon implicite.

Les personnes avec autisme peuvent présenter un défaut d’ajustement et de prise en compte du contexte, des difficultés à être informatif (soit ne pas donner assez d’informations soit trop de détails), elles peuvent monopoliser ou couper la parole, faire des digressions, persévérer sur un thème, avoir des difficultés à initier et maintenir les échanges.

Elles peuvent également avoir du mal à adapter le registre de langage à leur interlocuteur.

Chez les personnes avec autisme, les règles conversationnelles doivent faire l’objet d’un apprentissage explicite.

La Théorie de l’esprit

C’est l’aptitude à deviner des états mentaux des autres tels que leurs désirs, leurs émotions, leurs pensées, leurs croyances.

La personne autiste a également des difficultés à imaginer ce que quelqu’un d’autre peut penser. Elle peut donc agacer, être maladroite, inadaptée, ou au contraire passer pour susceptible car elle ne comprend pas bien les intentions d’autrui.

La communication non verbale

C’est tout ce qui n’est pas verbal mais qui a une valeur expressive, qui participe à la communication : le contact visuel, les expressions faciales, les rougissements, les gestes du corps et des mains, la posture, la voix. Une personne autiste, s’appuyant surtout sur le langage littéral, peut avoir des difficultés à décoder ces messages sociaux exprimés par les gestes et les mimiques.

L’utilisation de la communication non verbale est également souvent réduite. Les personnes autistes peuvent donc être peu expressives, utiliser peu de mimiques, peu d ’intonation, avoir une voix monotone, un contact visuel fuyant ou au contraire “adhésif, forcé”.

Ressources

● D’autres conseils sur sos-ortho : https://sos-ortho.org/category/habiletes-pragmatiques/

● Une application pour stimuler les expression faciales émotionnelles https://www.emoface.fr/

● Des courtes vidéos pour aider les parents dans des situations précises https://deux-minutes-pour.org/

● Une webserie qui explique de manière ludique les codes sociaux : https://www.toutsarrange-laserie.fr/

48 Boulevard Serurier, 75019  Paris

©2020 par Dr Benjamin Landman. Service de pédopsychiatrie, CHU Robert Debré.